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Pierre Vimont aux Lundis de l'ENA - 30/11/2015

Directeur du cabinet du ministre des Affaires étrangères de 2002 à 2007, ambassadeur de France auprès des Etats-Unis de 2007 à 2010, Pierre Vimont reste incontestablement l’un des plus grands diplomates français de sa génération. Diplômé de l’ENA en 1977, promotion André Malraux, Pierre Vimont a apporté son expertise aux anciens élèves en intervenant sur le thème de la politique extérieure de l’Union européenne.

En sa qualité de secrétaire général exécutif du Service européen pour l'action extérieure (SEAE) de 2010 à 2015, Pierre Vimont a détaillé son analyse du bilan, des défis et des perspectives de cette politique étrangère européenne, souvent décriée.

 

Le bilan de la politique extérieure de l’Union est très mitigé. Les failles du dispositif du SEAE sont nombreuses, Pierre Vimont les a déclinées sous ses deux aspects principaux. Ce sont d’abord des faiblesses structurelles, liées au constat que la diplomatie européenne ne constitue pas une institution mais une complémentarité aux États-membres. Son rôle est loin d’être clairement défini, et si le traité de Lisbonne a apporté de nouveaux dispositifs, aucune solide coordination ne s’est durablement installée. D’autres faiblesses fonctionnelles complètent ce bilan : les États-membres perçoivent le SEAE comme une aide, si ce n’est un « simple secrétariat » dont les analyses sont peu entendues. La gestion de crise reste finalement l’une des failles principales de la diplomatie européenne : la réaction de court terme n’est pas, à l’exception de certaines crises humanitaires, « dans l’ADN des institutions ».

 

Toutefois, cette partie négative du bilan - qui reste malheureusement la plus visible - éclipse la réalité que malgré tout, « le service tourne avec de réels succès ». Les 140 délégations européennes à travers le monde ont été acceptées par tous les États-membres, qui semblaient en avoir manifestement besoin. À titre d’exemple, à Washington, ce système permet aux services américains de s’adresser directement à la délégation européenne dans son ensemble plutôt que de recevoir les vingt-huit ambassadeurs des États-membres. Par ailleurs, le traité de Lisbonne, présenté comme peu concluant, a néanmoins permis à la diplomatie européenne de se donner un visage, à travers l’instauration de la fonction de Haut Représentant de l'Union pour les affaires étrangères et la politique de sécurité et de supprimer ainsi la présidence tournante, moins efficace et cohérente. Enfin, la coordination militaire a été, depuis, incontestablement renforcée : l’opération Sofia, en soutien aux migrants traversant la Méditerrannée, tout comme l’opération au Mali en sont des exemples.

 

De ce constat, Pierre Vimont a évoqué plusieurs pistes pour l’avenir de cette politique extérieure européenne. Une nouvelle stratégie écrite de la Haute représentante, Federica Mogherini, qui définirait précisément les intérêts communs et les alliances communes des États-membres – comme l’avait fait Javier Solana, est à espérer. Une autre solution serait de laisser à certains États-membres une position avant-gardiste dans l’optique que l’Union suive leurs pas : ce fut le cas de la France et l’Allemagne dans la question ukrainienne, ou l’accord iranien.

 

Finalement, Pierre Vimont a conclu sur l’idée que c’est davantage la définition du rôle de l’Union européenne qu’il faut repenser, ou clarifier : l’Union doit-elle être somme toute un acteur à part entière dans le jeu diplomatique, qui a vocation à s’affirmer sur les volontés – parfois opposées - des différents États-membres ? Un travail de pédagogie, de réflexion, de définition si ce n’est d’affirmation de nos intérêts communs s’avère plus que jamais nécessaire.