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Le Blog des Alumni de l'ENA
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Dominique Bocquet - Les révolutions discrètes de l'OCDE

Lundi 1er février, Dominique Bocquet (promotion 1983), contrôleur général économique et financier, est intervenu dans le cadre des Lundis de l’ENA. Ayant occupé de nombreuses fonctions au sein de l’OCDE dont celle de Ministre Conseiller financier à la Délégation française de 2003 à 2008, Dominique Bocquet nous a décrit les « révolutions discrètes de l’OCDE ».

Dominique Bocquet est d’abord revenu sur les trois idées préconçues qui semblent ancrées dans l’opinion quant à l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques : l’OCDE se serait endormie, œuvrerait à la libéralisation de l’économie et serait un club de pays riches. Toutes ces affirmations sont démenties par Dominique Bocquet : l’OCDE est active, son travail sur l’éducation ainsi que son engagement contre le secret fiscal en témoignent. L’OCDE n’est pas un temple de l’ultralibéralisme : les deux exemples évoqués concernent des politiques publiques qui peuvent aller à l’encontre des doctrines libérales. Enfin, si l’OCDE comprend certes en majorité des pays développés, elle a également construit de forts partenariats tant avec les pays émergents qu’avec les pays les moins avancés.

 

L’OCDE a succédé à l’Organisation européenne de coopération économique (OECE), issue du plan Marshall, qui a existé de 1948 à 1960. Le traité de Rome de 1957 amorçant la construction européenne, l’OECE devient l’OCDE et intègre les Etats-Unis et le Canada. L’article 1 de sa charte fondatrice stipule que l’OCDE a « pour objectif de promouvoir des politiques visant à la plus forte expansion possible de l’économie et de l’emploi », et ce tant pour les pays membres que partenaires, soit en voie de développement économique. L’OCDE vise à ce que cette expansion s’opère à travers le commerce mondial, sur une base multilatérale et non-discriminatoire.

 

Dans les années 1960, qualifiées de « période glorieuse » de l’OCDE par Dominique Bocquet, l’Organisation se donne plusieurs missions. La première est de coordonner les politiques économiques sous le système de Bretton-Woods, tout en intégrant de nouveaux pays développés à l’instar du Japon. L’OCDE anime également la coordination de l’aide au développement, qui prend essence avec la décolonisation. C’est dans ce contexte que l’Organisation se dote d’une multitude de comités, composés de hauts fonctionnaires venus de tous les États-membres : Dominique Bocquet qualifie l’OCDE de « village mondial de fonctionnaires de catégorie A ».

 

L’OCDE est principalement composée de trois instances. Le secrétariat mesure les performances globales, compare les politiques, formule les recommandations. Les comités sont des groupes internationaux qui traitent de tous les sujets liés aux politiques publiques, on compte environ 250 comités à l’OCDE pour 40 000 experts. Enfin, le Conseil mène la supervision et définit l’orientation stratégique : il est présidé par le secrétaire général, José Ángel Gurría.

 

À partir des années 1970, l’OCDE connaît une période d’éclipse et perd son rôle d’organisation prééminente. La dynamique de l’Union européenne, l’éclatement du système de Bretton-Woods et la crise de la dette des pays en développement qui ont mis au premier rang le FMI et Banque mondiale ont contribué à l’affaiblissement de l’Organisation. Si certaines avancées furent notables telles que la coopération avec certains pays du bloc soviétique, le refus de l’accord multilatéral sur l’investissement en 1998 par les États constitua le point d’orgue de cette période d’éclipse.

 

Toutefois, à partir des années 2000, l’OCDE se renouvelle en apportant des réponses aux excès du libéralisme : c’est le cas à travers la mise en avant de la responsabilité sociale et environnementale des États. La réponse la plus forte sera néanmoins la lutte contre les paradis fiscaux, avec l’introduction de la « concurrence fiscale dommageable ». Après 2008, l’OCDE a impulsé une réelle dynamique avec le mandat du G20 sur l’échange d’informations fiscales, avec le concours de pays comme la Suisse. Un autre aspect marquant du renouvellement de l’OCDE constitue l’immense travail sur l’éducation et la mesure des acquis des élèves que détaillent les enquêtes PSIA. Avec l’éducation, l’OCDE s’affirme comme une institution apportant également des conseils pour les politiques internes.

 

« La coopération internationale est une cause fragile mais une cause qui en vaut la peine », dira en conclusion Dominique Bocquet. L’OCDE a connu de réelles mutations : en se donnant de nouvelles missions telles que l’éducation et la lutte contre les paradis fiscaux, il est incontestable qu’elle a su s’adapter aux défis du XXIème siècle.