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Laurent Stefanini: Qu'est ce que le Protocole au XXIème siècle?

Laurent Stefanini au premier Lundi de l'ENA

Ambassadeur, expert des questions religieuses, c’est surtout en sa qualité d’ancien chef du Protocole de la République que Laurent Stefanini est intervenu aux Lundis de l’ENA. L’actuel délégué permanent auprès de l’UNESCO a détaillé le fonctionnement actuel du Protocole, ses contraintes et ses évolutions. Il a choisi de traiter de « l’organe » protocolaire avant la fonction en elle-même, c’est-à-dire sa composition et de son organisation. Notre intervenant assigne au Protocole quatre missions principales : le cérémonial, la logistique, les privilèges consulaires, et enfin les distinctions honorifiques.

Tout d’abord, Laurent Stefanini a exposé l’importance du cérémonial. Le Président de la République étant le « point de contact entre la politique nationale et la politique étrangère », il se déplace environ une fois par semaine à l’étranger, et tous les deux mois à Bruxelles. D’où la nécessité d’une importante et minutieuse organisation.  Alors que le déplacement présidentiel était autrefois l’objet de fastes et d’une intense préparation, il est victime, au grand regret de Laurent Stefanini, d’une banalisation. En effet, l’intensification des déplacements (la France reçoit environ sept cent cinquante chefs d’Etat, de gouvernements, ou assimilés par an) et l’affaiblissement des rencontres bilatérales au profit de rencontres multilatérales conduisent à l’augmentation de voyages « calibrés » et « sous pression » : « La mission préparatoire des rencontres bilatérales est ce que j’ai trouvé de plus intéressant » a confié l’Ancien chef du Protocole. Il a enfin ajouté que le cérémonial était pris en charge par une trentaine de personnes au Quai d’Orsay.

La logistique des déplacements constitue par ailleurs, depuis une dizaine d’années seulement, une des tâches principales du Protocole. « Nous avons à faire tout un travail de planification et de définition » a-t-il souligné.  La logistique comprend principalement l’organisation des déplacements (chaque trajet est estimé à six millions d’euros) ainsi que la communication. Cette dernière s’effectue par mails, notes verbales, et échanges entre les ambassades de France, et nécessite une bonne coordination. « C’est l’excellence de nos relations avec les services de sécurité, d’intendance, et de communication, qui fait notre force » a ajouté l’Ancien chef du Protocole. Et ce dernier de rappeler qu’après les attentats contre Charlie Hebdo, il fut nécessaire d’organiser la visite de quarante quatre chefs d’Etats en France dans un délai de quarante huit heures. Néanmoins, la pression portée sur la communication en diplomatie est intense à l’heure où les images circulent massivement sur internet, comme le montre l’exemple des images d’une Hillary Clinton victime d’un malaise le 11 septembre 2016.

La logistique s’appuie d’abord sur la capacité hôtelière des villes, comme l’illustre l’exemple du Bourget, seule ville française capable d’accueillir trente mille visiteurs. Le record fut lors de la COP 21, où se sont rendus cent cinquante sept chefs d’Etats et de gouvernements ou assimilés. Outre la capacité hôtelière, notre intervenant a ensuite souligné l’importance d’une France attractive dans un contexte où la délocalisation des organisations internes s’accroît, notamment dans les pays du Golfe. « La présence des grandes institutions françaises est la principale attractivité de Paris ».

Enfin, le Protocole  se caractérise par son service de distinctions. Il fait office d’une « petite Chancellerie » selon Laurent Stefanini, distribuant chaque année près de trois cent distinctions de Légion d’Honneur.

Ainsi, selon Laurent Stefanini, le Protocole connaît plusieurs mutations depuis quelques années, notamment l’émergence de rencontres multilatérales, une collaboration accrue avec les services de sécurité, et le poids croissant de la logistique des déplacements. L’ancien chef du Protocole a enfin rappelé l’importance de l’attractivité de Paris pour éviter la délocalisation des grandes organisations internationales à l’étranger.