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Perspectives géopolitiques après les élections américaines par Jean-David Levitte

Aujourd’hui membre de l’Académie des Sciences Morales et Politiques, Jean-David Levitte a eu une carrière diplomatique particulièrement remarquable. Diplômé de Sciences Po Paris et titulaire diplômé de l’INALCO en chinois et indonésien, Jean-David Levitte a notamment été Président du Conseil de Sécurité de l’ONU de 2000 à 2002, ambassadeur à Washington de 2003 à 2007 pendant la Guerre en Irak, et enfin le conseiller en politique étrangère de trois Présidents de la République pendant seize ans. Monsieur Levitte a donné ses impressions des perspectives géopolitiques à venir après la victoire de Donald Trump à la présidence des Etats Unis.

 

              Premièrement, monsieur Levitte s’est interrogé sur la relation entre le populisme européen et la victoire de Donald Trump. Notre intervenant a opposé deux mécanismes historiques : d’une part, la période post Seconde Guerre Mondiale, où « l’Histoire est immobile » selon ses termes, et d’autre part, la période où « l’Histoire se remet en marche », depuis 1979, et marquée par quatre grands tournants historiques. Le premier grand tournant apparaît à l’année 1979, avec notamment la chute du Shah d’Iran et l’affirmation du chiisme, mais aussi l’affaiblissement des Etats Unis après le deuxième choc pétrolier, ou encore l’invasion par l’URSS de l’Afghanistan. La deuxième date « remettant l’Histoire en marche » selon Jean-David Levitte est l’année 1989, marquée par la chute du communisme, mais aussi par l’apparition d’une « Troisième Mondialisation » avec la révolution des porte-conteneurs. Par ailleurs, le 11 septembre 2001 inaugure la naissance d’un monde multipolaire, notamment avec l’émergence des BRICS. Enfin, le dernier élément marquant le « réveil de l’Histoire » selon Jean-David Levitte est le mouvement des printemps arabes : chaque pays revendique à la fois sa souveraineté tout en refusant la charge de « gendarme du monde » récemment abandonnée par les Etats Unis. Dans ce même mouvement, de plus petits pays émergent et revendiquent leurs droits, ce qui conduit selon notre intervenant, à une vague populiste. Le monde est dès lors en voie de fragmentation.

              Deuxièmement, monsieur Levitte s’est attardé sur le cas de Donald Trump. Si ce dernier n’a jamais exercé de puissance d’Etat, il gère la transition post Obama comme ses émissions de télévisions, c’est-à-dire organisée autour d’un immense casting. Une des meilleures réflexions engagées sur la personnalité de Trump serait celle conduite par le journaliste Tony Schwartz dans son article The Art f the Deal. Ce dernier y dépeint un homme pragmatique et sans convictions, un véritable « patron des Etats Unis ». L’expérience personnelle du journaliste avec monsieur Trump est particulièrement révélatrice : Tony Schwartz décrit un homme souffrant d’un déficit d’attention, incapable de se concentrer sur le moindre sujet. Et monsieur Levitte d’ajouter que la situation est d’autant plus complexe que monsieur Trump refuse toute aide de l’équipe Obama visant à améliorer la transition présidentielle.

              Troisièmement, Jean-David Levitte s’est concentré sur la situation au Moyen Orient, et plus particulièrement sur la question syrienne. Si monsieur Trump dit détenir un « plan secret » pour arrêter Daesh, monsieur Obama lui, n’aura pas réussir à faire chuter Mossoul et Raqqa avant le 20 janvier. Ce combat bloc par boc, maison par maison, devra donc se faire sous le mandat de Donald Trump. Jean-David Levitte parie sur l’échec à long terme de la stratégie d’intervention de Vladimir Poutine : il est certain que la politique internationale que mènera  Donald Trump s’inscrira dans la continuité de celle de monsieur Obama, c’est-à-dire d’un retrait progressif des troupes au Moyen Orient et la fin de l’interventionnisme. Monsieur Levitte voit enfin dans ce conflit une véritable « opportunité » à saisir pour la Chine.

              Enfin, monsieur Levitte s’est prononcé sur le populisme européen. L’ambassadeur y voit le résultat de la chute des institutions politiques de Bruxelles. Si l’Europe a été traditionnellement perçue comme un « bouclier protecteur », elle est aujourd’hui un facteur aggravant avec d’une part l’impossible résolution de la crise migratoire, et d’autre part, la difficulté de la relance économique. Cette relance ne passera d’ailleurs que par la relance du couple franco-allemand, et donc nécessairement au moment où la France aura engagé ses réformes économiques nécessaires.  

Monsieur Levitte a conclu en rappelant que si les Etats Unis ont basculé dans le populisme, c’est avant tout parce que les blancs deviennent minoritaires et s’appauvrissent depuis les années 1980 au sein de la société américaine.