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Philippe Agid – L’Opéra de Paris : évolutions récentes

Ce 27 janvier, Philippe Agid (promotion 1966), Directeur adjoint de l’Opéra national de Paris de 1995 à 2001, est intervenu dans le cadre des Lundis de l’ENA. Également auteur de nombreux ouvrages sur ce sujet (L’Opéra de Paris : gouverner une grande institution culturelle, 2006), Philippe Agid nous a exposé les évolutions récentes de l’Opéra de Paris, ses atouts, ses défis et ses perspectives tant artistiques qu’économiques.

Philippe Agid a d’abord rappelé les missions-clés de l’Opéra parisien tel qu’elles sont définies dans les statuts de 1994. La première est de rendre accessible au plus grand nombre des œuvres du patrimoine lyrique et chorégraphique : 354 spectacles ont été présentés sur l’année 2014, ce qui fait de l’Opéra de Paris la plus grande maison d’opéra du monde en termes d’audience. Une politique de prix différenciés permet au plus large public de profiter de ses représentations.  L’Opéra a également pour objectif une stratégie de développement de l’art lyrique et chorégraphique en France, c’est ainsi que de nombreuses tournées du de ballets ont lieu en province. La formation et le perfectionnement des danseurs, chanteurs, chefs de chants sont privilégiés, à travers le renforcement de l’École de danse – qui existe depuis le début du XVIIIème siècle – et de l’atelier lyrique. Enfin, depuis 2015, la conservation et l’aménagement du palais Garnier constitue également une priorité.

 

Le respect de ces missions a conduit l’Opéra à bénéficier d’un certain nombre d’atouts, à l’instar de l’équilibre entre les représentations d’opéras et de ballets, ce que toutes les maisons d’opéra n’ont pas. La qualité artistique et le professionnalisme des musiciens ainsi que la rigueur des directeurs musicaux ces dernières années ont permis à l’Opéra de Paris de se doter d’un orchestre qui se compare indéniablement aux meilleurs du monde. Enfin, l’opéra Bastille, inauguré en 1989, reste la plus grande salle d’Europe avec sa capacité exceptionnelle de 2700 spectateurs, soit un outil industriel majeur dans l’offre lyrique et chorégraphique de l’Opéra de Paris.

 

Sur le plan économique, quelques évolutions positives sont à relever comme la baisse de la part des subventions dans le budget de l’Opéra, qui passe de 59 à 45%. Elle a notamment été compensée par une augmentation de celle du mécénat de 3 à 10%. Néanmoins, ces mouvements n’empêchent pas deux vulnérabilités de subsister : le rôle du financement de l’État est encore déterminant, et l’autonomie des dirigeants  en termes de politique salariale reste insuffisante – l’Opéra est sous la tutelle des ministères de la Culture et du Budget. Ces fragilités conduisent à certains risques financiers dont les dirigeants devront se méfier, à l’instar de la dépendance encore très forte de la billetterie au succès des spectacles présentés à Bastille.

 

D’un point de vue plus artistique, Philippe Agid considère les années 2005-2015 comme une réussite d’ensemble en termes de programmation et d’audience. En quelques chiffres, 114 titres différents de 56 compositeurs ont été présentés ; six œuvres représentent 321 représentations sur la période dont Le Barbier de Séville (57 représentations) ou La Flûte enchantée (46 représentations) ; dix compositeurs à eux seuls représentent 75% de la représentation. La part des œuvres contemporaines reste certes très faible mais l’Opéra de Paris se distingue avec son nombre très important de productions nouvelles : 80 productions nouvelles (55 à Vienne) sur les 114 titres proposés. Ces politiques artistiques se sont traduites par des résultats probants avec une augmentation du nombre de spectateurs (759 000 pour opéra et ballet dans les deux salles), mais aussi d’une augmentation du prix moyen passant de 47 à 63 euros pour le ballet.

La diffusion digitale des spectacles a également connu une évolution positive : la qualité de l’image et du son a cru de façon extraordinaire, mais le nombre de téléspectateurs (115000) reste faible en comparaison à d’autres maisons d’opéra (2 millions pour le Metropolitan Opéra de New York).

 

Ainsi, malgré certaines fragilités, l’Opéra de Paris a globalement été sur une bonne dynamique sur la période 2005-2015 et ses perspectives sont claires : la volonté d’attirer toujours les meilleurs artistes et la poursuite du bon management des installations artistiques. L’optimisation des financements et coûts fait face à une flexibilité réduite qu’il faudra, selon Philippe Agid, assouplir si l’Opéra de Paris souhaite conserver une bonne santé économique.