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"Quel redressement pour l'agriculture française?" : dîner-débat d'Agorena

L’Association des Anciens Élèves de l’ENA organisait ce mercredi un dîner-débat à l’Hôtel Le Marois, aux salons France-Amérique, sur le thème : « quel redressement pour l’agriculture française ? ». Guillaume Garot, député et ex-ministre de l’Agroalimentaire, et Xavier Beulin, président de la FNSEA sont intervenus.

Guillaume Garot aborde le sujet par un constat qu’il dit s’être forgé au cours de son passage au ministère : le secteur agricole et agroalimentaire français n’est pas en décrochage, mais traverse une profonde transition. L’agriculture reste une force majeure pour la France : 1,5 million d’emplois, un chiffre d’affaires qui se consolide autour de 280 milliards d’euros, une contribution à la balance commerciale qui reste largement positive. Toutefois, le député socialiste admet que le modèle français, confronté à la crise de régulation et au manque d’outils pour y faire face, est à remettre en question. Il faut « réinventer notre modèle », l’adapter aux déséquilibres qui existent entre grande distribution, entreprises agroalimentaires et producteurs.

 

Trois enjeux sont alors évoqués. La relance de la compétitivité paraît nécessaire. La France a manifestement décroché en terme de compétitivité-prix. Le Pacte de Responsabilité, censé doubler les allègements de charges pour les entreprises concernées d’ici à 2017, est l’une des réponses apportées par le gouvernement. L’agroécologie permettrait également des réductions de coûts, de la même manière que la modernisation de nos outils de production, qui devra s’opérer avec les initiatives privées. Le deuxième enjeu énoncé par Guillaume Garot constitue la réorganisation de nos filières, dont la santé est très hétérogène : une nouvelle contractualisation au sein de chaque filière est à espérer. Enfin, le troisième enjeu réside dans l’obligation d’assurer et donc de sécuriser le revenu de l’agriculteur. Il faudrait alors une mutualisation relative des revenus, un amortissement des « bonnes années » en prévision des autres, et, obligatoirement, une participation de chaque maillon à cette sécurisation.

 

Xavier Beulin appelle évidemment à amplifier cette sécurisation des revenus mais déplore l’absence de mécanisme de régulation européen : sur ce sujet, l’échelle nationale n’est plus adaptée. Le président de la FNSEA juge nécessaire une meilleure prise en compte de nos partenaires européens dans chaque filière. La France est passée de la première à la troisième place en Europe en terme d’exportations, du fait tant des baisses des prix que celles des valeurs absolues.  Il regrette à cet égard que « la grande distribution attende de la qualité française alors que les prix se dégradent ».

 

Les questions de la salle portent ensuite le débat sur les grandes exploitations. « Ce n’est pas la même agriculture, ce n’est pas mon modèle », affirme Guillaume Garot. Xavier Beulin reproche alors à l’ancien ministre cette « tendresse pour l’agriculture familiale », qui fait perdre des parts de marché à l’international. L’enjeu des organismes génétiquement modifiés (OGM) est également évoqué, les deux contradicteurs s’accordant sur l’idée de poursuivre et d’intensifier les efforts en matière de recherche, Guillaume Garot affirmant cependant qu’ « il y a des choses que la société n’est pas prête à accepter ». Xavier Beulin conclue finalement par la nécessité de l’investissement à l’international, et notamment la possibilité de stratégies communes avec les pays maghrébins pour construire et développer des structures agricoles dans toute l’Afrique.