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Le Blog des Alumni de l'ENA
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Réponse de Christine Demesse, Présidente de l’Association des anciens élèves de l’ENA, à la tribune de Jean-Christophe Fromantin, Le Figaro, lundi 4 avril 2016.

Il y avait quelque temps que nous n’avions pas eu les honneurs de la presse sous la plume de la représentation nationale ! C’est chose faite et une fois de plus, nous constatons que les seuls arguments que nos parlementaires opposent à une incapacité de l’État de se moderniser et d’adopter les réformes de structure indispensables à notre pays, sont le fait de la haute fonction publique, de sa formation inadaptée et de sa soi-disant main mise sur les postes clés de l’administration et des entreprises…

 

Cet article montre une méconnaissance totale non seulement de la formation dispensée à l’École mais aussi du fonctionnement de la haute administration.

 

Avant de donner des leçons de modernité et d’interpeller le Premier Ministre, Monsieur Fromantin aurait été bien inspiré d’aller regarder le site de l’École où il aurait pu prendre connaissance de la réforme qui a été adoptée l’année dernière et qui a renouvelé fondamentalement les enseignements dispensés.

 

Il aurait pu également demander à rencontrer les intervenants français et étrangers dispensant les enseignements ou demander l’avis des élèves qui se seraient fait un plaisir de lui expliquer les tenants et aboutissants de la scolarité.

 

« Ne serait-il pas stratégique que les futures élites administratives de notre pays aient l'expérience d'une activité à l'international, d'une vie en entreprise ou d'une pratique de l'innovation? ». Monsieur Fromantin fait preuve, une fois de plus, d’un cruel manque d’informations sur l’ENA et de ce qui fait sa force : l’offre de stages. Il devrait savoir que depuis son origine, en 1945, l’ENA propose et impose à ses élèves des stages à l’international, en collectivités territoriales, en préfectures et évidemment en entreprises. Les stages constituent la partie majeure de la formation : l’ENA est, je le rappelle, une école d’application.

 

Monsieur Fromantin accuse les anciens élèves de l’École nationale d’administration de « préempter l’ensemble des espaces de pouvoir ». Il devrait savoir que les hauts postes de l’État ne leur sont absolument pas réservés et que ce prétendu monopole relève, encore une fois, d’une inquiétante démagogie. Quant à la place de ces anciens élèves au sein des cabinets ministériels, il ne nous paraît pas illogique que des hauts fonctionnaires issus d’une administration soient appelés à apporter leur expérience et leur compétence au ministre de cette même administration. En revanche, si les politiques s'entouraient d'anciens élèves ayant déjà au moins six ans d'expérience, voire plus, nous ne serions pas confrontés à cette situation absurde de ministres sans expérience conseillés par de jeunes fonctionnaires, certes compétents mais tout aussi peu expérimentés.

 

Monsieur Fromantin affirme que « s'il revient aux acteurs politiques d'impulser les orientations, c'est aux agents de l'État de les appliquer ». Il a tout à fait raison ; il appartient au pouvoir politique de fixer les objectifs et de prendre les décisions courageuses qui s’imposent. Les hauts fonctionnaires sont, quant à eux, prêts à relever les défis de la modernisation de notre société et des enjeux de la mondialisation. Ils sont conscients de la responsabilité qui est la leur pour répondre efficacement à ces attentes. Force est de constater que nous sommes toujours en attente d’une vision claire de l’État et de la stratégie qu’il entend mettre en œuvre pour apporter les réponses efficaces aux enjeux majeurs de nos organisations publiques.

 

L’Association déplore qu’une fois encore les parlementaires soient à la recherche d’un bouc-émissaire au lieu de soulever les vraies questions porteuses d’avenir. Les démocraties occidentales savent depuis longtemps que le débat libéralisme/étatisme est largement dépassé et qu’aucun système libéral n’est viable s’il ne dispose pas d’une structure publique professionnelle compétente et efficace.

 

Les hauts fonctionnaires sont recrutés sur des critères de qualité exigeants et objectifs. Leurs origines, contrairement à de vieilles idées reçues, sont très diversifiées tant par leurs formations antérieures que par leurs parcours professionnels. L’École s’attache à répondre aux besoins des employeurs et aux attentes d’une société en perpétuelle mutation et elle donne à ceux qu’elle forme la capacité d’aider à choisir et décider en s’affranchissant de tout corporatisme. On est loin de l’univers formaté décrit par les auteurs de l’article.

 

Si nos concitoyens n’ont plus confiance dans le système politique, peut-être faudrait-il que nos gouvernants aient eux-mêmes le courage de se remettre en cause au lieu de mener des combats d’arrière-garde et de permettre à la classe politique de se renouveler en compétence et en qualité.