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Le Blog des Alumni de l'ENA
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Défense: quelles stratégies, quels moyens, la France doit-elle employer?

Messieurs Jacques Gauthier, sénateur des Hauts-de-Seine, vice-président de la commission des affaires étrangères, de la défense, et des forces armées, et le général Benoît Durieux, commandant la 6ème Brigade légère Blindée et ancien directeur des Hautes Etudes militaires-CHEM-, étaient les deux invités de cette conférence Agorena. Tous deux ont développé leurs visions des stratégies et moyens nécessaires à la politique de défense actuelle française.

Selon Jacques Gauthier, la France a aujourd’hui l’une des meilleures défenses mondiales, si ce n’est la meilleure. L’armée nécessite un haut niveau  d’expérience, notamment pour les missions au Sahel, en Afghanistan, ou encore en Irak. La constitution de la Vème république a été à l’origine d’une grande efficacité décisionnelle. Néanmoins, des faiblesses persistent. D’une part, la multiplication des opérations dans différentes zones a accéléré l’usure du matériel. D’autre part, l’opération sentinelle comprend sept mille à dix mille engagements, d’où une forte usure, fatigue, un déficit de budget et des tensions familiales. Aujourd’hui, le problème de coordination des armées en Europe réside dans les différences de perceptions des menaces : alors que la France regarde vers le Sud et souhaite s’appuyer sur les ressources européennes, les pays européens regardent vers l’Est et souhaitent s’appuyer sur l’OTAN. Globalement, sont reconnues comme menace pour la France le réarmement de la Russie, les cybers attaques, les crises générant des flux de réfugiés, et certains mouvements comme Daesh. Des efforts sont possibles au niveau européen, notamment pour développer les hautes technologies. Aujourd’hui, l’armée française est confrontée à deux enjeux : préparer la France contre la menace extérieure, contre la menace intérieure, et cela tout en anticipant l’avenir. 

Ensuite, le général Durieux a exposé son point de vue sur l’état de la France à l’heure actuelle. Le général a d’abord rappelé que toute stratégie devait tenir compte du temps long, en particulier en raison  de la durée des programmes d'armement: beaucoup d'équipements datent par exemple des années 1960 et 1970. La guerre aujourd’hui, selon notre intervenant, se définit par son ancrage dans la mondialisation : faut-il se défendre de loin ou de près ? De manière autonome ou de manière intégrée ? Avec un outillage militaire complet ou spécialisé dans certaines niches ? par ailleurs, les objectifs sont grandement influencés par les politiques économiques, sociales, et étrangères françaises. Dans tous les cas, on peut observer un décalage entre les possibilités de réalisation de l’armée française et les attentes très élevées des Français.
Le général Durieux a exposé les raisons qui peuvent porter à être inquiet. D’abord, la guerre se rapproche de nos frontières et se répartit partout, d’où la multiplication de micro-conflits difficiles à gérer. Ensuite, les opérations militaires se durcissent. 

Cette multiplication des conflits et leur durcissement impliquent, selon Monsieur Jacques Gautier, certains changements. Plusieurs réformes seraient les bienvenues. 
Si le sénateur a salué la mise en œuvre de l’article 42.7 du Traité sur l’Union Européenne, ayant permis à la France de recevoir l’aide de plusieurs pays européens, notre intervenant a signalé que la formation des armées européennes étaient parfois insuffisante et inadaptée. Bien que l’Europe ait souvent été perçue comme un moyen de mutualiser l’effort et de dépenser moins, Monsieur Gautier a rappelé qu’il était impossible de prendre des initiatives militaires sans investir plus dans le budget de chaque armée. C’est pourquoi cet effort financier au sein de chaque armée est préférable à la création d’une armée européenne. Notamment, il est essentiel de reconstituer les réserves, et le sénateur a illustré son propos à l’exemple de l’opération Sentinelle : l’objectif actuel premier est de dispoer de militaires prêts à intervenir sans délai. Trois groupes français étaient actuellement aujourd’hui concernés pour la défense : Thalès, Safran, et Dassault au centre du jeu. La recherche européenne s’élève aujourd’hui à cent millions d’euros par an.

Concernant les femmes et les hommes impliqués dans la politique de défense française, le Général Durieux a fait états de leurs sentiments et réactions. Il a notamment noté un fort enthousiasme pendant la participation à leur mission.  Cette attitude s’explique selon lui par leur désir de satisfaire la population. 

Nos deux intervenants se sont accordés à dire qu’il n’y avait pas de politique de défense de gauche ni de droite. Le vrai débat aujourd’hui porte sur les objectifs de nos opérations et les conditions dans lesquelles il faut envoyer les troupes.

Les questions soumises à Messieurs Durieux et Gauthier ont principalement porté sur la déterritorialisation et le renseignement extérieur. A propos de la déterritorialisation, Monsieur Gautier et le Général Durieux ont souligné la multiplication de micros guerres locales, avec la présence de « micros seigneurs » dans chaque région. Ces conflits sont particulièrement difficiles à gérer dans la mesure où les données politiques et locales changent pratiquement tous les vingt kilomètres.  Concernant le renseignement extérieur, des efforts ont été réalisés pour pallier ce qui constituait l’une des principales faiblesses françaises.