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Le Blog des Alumni de l'ENA
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La politique numérique de la BNF par Bruno Racine

Agrégé de lettres classiques, normalien, énarque et écrivain, Bruno Racine est un ancien conseiller de Chirac et Juppé. Le un haut-fonctionnaire est notamment passé par la Cour des comptes et la géostratégie avant de se retrouver à la Villa Médicis, puis au centre Pompidou, et enfin à la BNF, où il a succédé à Jean-Noël Jeanneney en 2007.


La politique numérique de la BNF constitue aujourd’hui un important défi. Elle est aujourd’hui l’institution principale pour le dépôt légal, à l’exception du cinéma dont le dépôt légal est national, et de l’INA qui dépend des médias audiovisuels et non pas de l’audiovisuel en général. Il s’agit aujourd’hui d’instaurer un dépôt légal de l’internet : la BNF en est chargée sauf pour la partie de l’INA.

La BNF est une institution jeune, issue de la fusion de l’ancienne bibliothèque nationale et de l’établissement public chargé de construire la BNF. L’institution a sept sites, et représente deux cent millions d’euros de budget annuel ainsi qu’un million de visiteurs/lecteurs par an notamment en raison de Gallica, son avatar numérique. 
        
La politique numérique de la BNF est divisée en quatre missions : le recensement et catalogage des ouvrages, le traitement de l’image,  et la conservation des données numériques. L’œuvre peut être libre de droit, c’est-à-dire accessible à distance, ou au contraire non libre de droit, et accessible uniquement à la BNF. 
Concernant le troisième aspect de la politique numérique de la BNF, à savoir le traitement de l’image, le principal défi est aujourd’hui de créer les outils pour perfectionner l’exploitation des données. Bruno Racine, à titre d’exemple, a évoqué le cas de vieilles cartes à rénover à la demande du ministère de la Défense, dans la mesure où ces dernières donnent accès à des chemins oubliés et aujourd’hui méconnus.
La conservation des données numériques est aujourd’hui centrée sur la numérisation des ouvrages. Cette dernière a débuté il y environ une vingtaine d’années, et était très sélective puisqu’il était uniquement possible de numériser cent mille ouvrages. Cependant, en 2005, Google a levé les fonds nécessaires et a développé des moyens techniques rendant possibles la numérisation de millions d’ouvrages à l’exception de la presse. La numérisation est ainsi passée d’ « artisanale » à « industrielle ». La politique de la BNF doit être différente des autres politiques dans la mesure où la diversité de son patrimoine est exceptionnelle. 
    
La phase la plus récente de la politique numérique consiste à trouver un équilibre entre l’approche sélective et la numérisation de masse, c’est-à-dire entre la qualité et la quantité de cette numérisation. La démarche, selon Bruno Racine, est valable au niveau institutionnel mais est intéressante à observer au niveau national. Grâce aux crédits, la BNF a aidé plus de deux cent bibliothèques à recenser précisément leurs collections et les à aider à la numérisation grâce aux subventions. Aujourd’hui, trois grandes questions se posent.
La première question consiste au choix du contenu de cette numérisation. Il est important de prendre en considération, dans le cas français, ce que Bruno Racine appelle « notre ADN national » à savoir l’étude des civilisations antiques. De fait, l’enjeu le plus important n’est autre que la langue, comme l’illustre l’exemple des écrits français étrangers. Il est vrai que les élites iraniennes et Ottomanes utilisaient le français. Mais ces écrits constituent-ils « l’ADN national français » ?
La deuxième  question fondamentale relative à la stratégie de numérisation concerne les droits d’auteurs. Certaines œuvres sont libres de droit, et la BNF a d’ailleurs le privilège de pouvoir reproduire des œuvres à des fins de conservation. Néanmoins se pose le problème du « trou noir du XXIème siècle », c’est-à-dire les parties indisponibles de certains ouvrages. La loi du 1er mars 2002 a permis à la France d’adopter un système de gestion collective de ces titres. D’une part, il est désormais nécessaire de publier le registre des ouvrages indisponibles (cinquante à soixante mille ouvrages par an). Les éditeurs ont alors six mois pour retirer ou non les droits ou non. D’autre part, le financement provient des subventions du centre national du livre, des fonds propres de la BNF, et de l’aide européenne. 

La meilleure réalisation d’une bibliothèque européenne a été Europeana aux Pays-Bas. Des programmes de l’histoire de l’art ont ainsi été réalisés au niveau européen grâce à la mise en place d’un certain type d’industrie. A propos du téléchargement, il est possible de télécharger sauf en cas de visées commerciales. La conservation doit être pérenne, et dans la mesure où les formats changent dans le numérique, il est nécessaire de conserver l’intégrité des documents. Globalement, ce sont les pays les plus riches qui investissent le plus dans la conservation numérique. A titre d’exemple, la politique numérique de la Norvège est absolument considérable. La numérisation comprend toujours un risque de dégradation, surtout pour les œuvres du XVIIIème siècle. Cela donne également lieu à des absurdités numériques dans la mesure où certaines parties des œuvres manquent. C’est pourquoi il est nécessaire d’assouplir le travail de conservation et de travailler sur des microfilms. Gallica étant très utilisée en dehors de l’hexagone, la politique numérique de la BNF est absolument fondamentale pour l’expansion de la francophonie ; précisons que le nombre de lecteurs, grâce à la mise en place de Gallica, a été multiplié par dix. Bruno Racine a ajouté que plus les descriptions étaient précises, plus les moteurs de recherche les repéraient.