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Le Blog des Alumni de l'ENA
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Véronique Bied-Charreton

Directrice de la législation fiscale, elle est surnommée "Madame Impôts" depuis 2012. Découvrez le portrait de Véronique Bied-Charreton (promotion Victor Hugo - 1991), qui nous a présenté son parcours dans son bureau de Bercy.

Quels souvenirs retenez-vous de votre scolarité à l’ENA ?

 

Je fais partie de la promotion Victor Hugo (1991). J’en garde un excellent souvenir, j’y ai rencontré mon mari et parmi mes meilleurs amis. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, ma scolarité à l’ENA a été une scolarité joyeuse, où j’ai aussi beaucoup appris.

 

La plupart de ses anciens élèves voient en l’ENA une école d’application. Partagez-vous ce constat ?

 

Oui et notamment au travers de nos différents stages, qui constituent la partie la plus pratique de notre scolarité. J’ai d’abord été à l’étranger, dans une entreprise d’assurances à Montréal. J’ai ensuite travaillé au Conseil régional des Midi-Pyrénées, à Toulouse. Ces stages étaient très intéressants, d’autant plus que je n’avais jamais été plongée dans un univers professionnel auparavant. C’est une forme de premier pas dans la vie active et cela m’a permis d’ouvrir mon horizon, d’autant plus que je me destinais plutôt à une carrière en administration centrale.

 

Vous sortez de l’ENA en 1990. Où êtes-vous affectée ?

 

A la direction de la législation fiscale, où je travaille à nouveau aujourd’hui après l’avoir quittée 12 ans.

 

Pourquoi avoir choisi le secteur financier, et particulièrement la question des impôts durant votre carrière ?

 

Sûrement par intérêt pour l’État et le service public. Les impôts constituent la quintessence des missions régaliennes. J’aimais évidemment les questions financières, mais c’est surtout l’idée d’être au cœur de l’État qui m’intéressait. Ajoutons à cela qu’à l’ENA, les cours de fiscalité étaient dispensés par un de mes prédécesseurs et je les trouvais passionnants. La fiscalité est à la fois du droit, mais aussi de l’économie voire de la sociologie. Elle nous oblige à savoir comment fonctionnent les secteurs économiques, leurs spécificités, à connaître la typologie des ménages français, à savoir ce qui se passe à l’étranger… Disons que c’est une matière très ouverte sur la "vraie" vie et le monde extérieur.

 

Vous avez travaillé avec des ministres de droite comme de gauche, Nicolas Sarkozy ou DSK par exemple. Dans un article des Échos, j’ai lu que vous disiez que « les différences sont moins importantes qu’on le dit ». Il y a une forme de continuité entre ces gouvernements ?

 

Je pense que la fiscalité est un domaine effectivement clivant entre droite et gauche, mais surtout en début de mandat. Ensuite, en fonction de la situation économique, elle s’adapte.

 

Depuis mars 2012, vous êtes directrice de la législation fiscale, on vous appelle « Madame Impôts ». Quel est votre rôle et qu’avez-vous fait à ce poste depuis maintenant quatre ans ?

 

La direction de la législation fiscale est force de propositions et d’expertise en matière fiscale – nous écrivons de très nombreuses notes tous les ans au ministre. Nous essayons également d’être les gardiens de la cohérence fiscale. Les dispositions fiscales des lois de finances sont rédigées par ma direction comme les réponses du Ministre aux milliers d’amendements déposés. Ainsi, l’année dernière, il y a eu 170 mesures fiscales votées en lois de finances, et c’était une année de « pause fiscale », nous avons répondu à 3500 amendements fiscaux. Nous avons également le monopole des commentaires fiscaux au travers du fameux BOFiP (Bulletin officiel des finances publiques). Nous répondons aussi aux besoins d’interprétation de la loi pour des situations nouvelles, à la demande des services des impôts ou les contribuables. Nous sommes enfin en charge de la fiscalité internationale, nous menons à ce titre les négociations aussi bien à l’OCDE qu’à Bruxelles.

 

Vous travaillez à Bercy depuis vingt-cinq ans. Marylise Lebranchu parlait récemment dans une interview de la « pression que l’on peut ressentir dans ces bâtiments ». Vous partagez son avis ?

 

Je suis arrivée au Ministère des finances en même temps que son déménagement à Bercy : c’est une belle machine, que font tourner des gens extrêmement compétents à tous les niveaux. C’est une vraie chance pour les ministres de s’appuyer sur cette "force de frappe". La pression que l’on peut ressentir est plutôt celle d’être à la hauteur de ces attentes, par notre expertise, notre capacité à trouver des solutions, notre volonté de réforme.

 

Comment voyez-vous la suite de votre parcours ?

 

Vous savez, je dirais à chaque jour suffit sa peine, comme cela a été le cas, tout au long de mon parcours. Actuellement, c’est le projet de retenue à la source qui me mobilise ainsi que mes équipes.

 

Avez-vous un livre préféré ?

 

À la recherche du temps perdu, de Marcel Proust. C’est un ouvrage où l’on apprend beaucoup sur soi.