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Le Blog des Alumni de l'ENA
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Didier Bellier-Ganière

Didier Bellier-Ganière fait partie de la promotion Copernic (2002). La fabrique de la ville et le logement sont des sujets qui passionnent cet ingénieur de formation. Après un passage en cabinet ministériel puis en direction régionale, il est nommé en 2015 directeur de la candidature de Paris aux Jeux Olympiques de 2024. Il nous présente le projet !

Pourquoi avoir fait l’ENA et quels souvenirs en retenez-vous ?

 

Je pense que c’était d’abord pour le goût du challenge. Je suis ingénieur à l’origine, ingénieur des travaux publics de l’État. Mais j’avais envie d’élargir mes horizons et l’ENA était la meilleure opportunité possible. J’ai passé le concours puis ai intégré la promotion Copernic (2002). J’ai été très satisfait d’abord par mon année préparatoire où j’ai trouvé un réel enrichissement intellectuel. L’ENA est une école d’application où on apprend à travailler et à se poser les bonnes questions. Le stage en préfecture est excellent dans cet objectif : j’ai eu à  gérer les conséquences de la tempête de 1999 et apprendre énormément au côté du préfet de Vosges, Michel Guillot. J’y ai gagné le titre, donné par la presse locale, de « Monsieur Tempête ».

 

Peut-on combiner une fibre d’ingénieur et l’administration ?

 

J’ai toujours trouvé « étrange » cette opposition entre filière technique et administrative. Ces deux filières s’appuient, avant toute chose, sur la nécessité de mettre en œuvre une très grande rigueur dans la gestion de l’État. Avoir ce double profil reste néanmoins un atout car il permet simplement d’avoir un vocabulaire commun avec des partenaires issus de la filière administrative et d’autres issus de la filière technique.

 

Après l’ENA …

 

J’ai toujours eu le goût du terrain, du concret, d’où mon envie d’intégrer un ministère technique. À ma sortie, j’ai été administrateur civil au Ministère de l’Équipement, devenu depuis le Ministère de l’Écologie et du Développement Durable.  Je suis resté trois ans à la direction régionale de l’Equipement d’Île-de-France.

 

Comment s’est concrétisé ce « goût du terrain » ?

 

À partir de 2002 et ma sortie de l’ENA, je me suis positionné sur la question de la fabrique de la ville, avec la volonté d’intervenir sur tous les sujets concernant l’aménagement de la ville. Je suis un partisan de la « ville inclusive », une ville faite pour tout le monde : les défavorisés, les handicapés, les jeunes, les classes intermédiaires, les personnes âgées. Mais aussi une ville avec des activités, du commerce, des logements, des équipements et des espaces publics … Tout au long de ma carrière, j’ai traité ces sujets. J’ai commencé par le logement, j’ai créé la direction de l’habitat du Conseil général des Hauts-de-Seine, j’ai participé à la création et à la réalisation d’opérations d’aménagement complexe, par exemple.

 

Vous avez travaillé au sein de cabinets ministériels, auprès de Christine Boutin et Benoist Apparu. Que pouvez-vous nous dire de ces deux ministres et que retenez-vous du travail de conseiller ministériel ?

 

Ce sont des ministres très différents, mais tous deux très impliqués et très préoccupés par la crise du logement qui touche particulièrement les zones tendues. Tous deux ont traité cette question dans sa globalité, mais chacun privilégiant une approche particulière. Christine Boutin était très sensible à la question du logement des défavorisés et de l’hébergement. Benoist Apparu s’est investi dans la mise en œuvre de politiques différenciées selon les territoires, afin d’apporter des réponses adaptées aux problématiques locales. J’ai été ravi de travailler avec les deux. Être conseiller ministériel est une charge immense, qui se fait deux ou trois ans. J’ai eu la chance d’être pilote dans le processus d’élaboration de la loi de mobilisation pour le logement et la lutte contre les exclusions, ce qui était passionnant.

 

En 2010, vous quittez les cabinets et retravaillez sur la question de la ville. Que pensez-vous du débat qu’a soulevé le Premier ministre en parlant d’ « apartheid social » dans certains quartiers ?

 

La politique de la ville s’est toujours construite en cherchant à résoudre à la fois les problèmes sociaux et les problèmes urbains. Mais en réalité, selon les périodes, un des aspects prend le pas sur l’autre. A l’heure actuelle, et notamment depuis le Programme National pour la Rénovation Urbaine (PNRU), le traitement des problèmes urbains a pris le pas sur les questions sociales. En parlant « d’apartheid social », je pense que le Premier ministre a voulu mettre l’accent sur la nécessité de renforcer à nouveau les politiques dans le domaine du traitement social des quartiers.

Vous avez travaillé avec des élus. Comment un énarque traite-t-il de ces sujets avec des élus, souvent très « politiques » ?

 

En étant d’abord et toujours au service du projet. Mais pour réussir, il faut, grâce à un langage de vérité et à beaucoup de rigueur, établir une relation de confiance avec les élus. C’est essentiel. Cela prend du temps et nécessite de communiquer comme d’anticiper les problèmes avec eux. 

Avez-vous postulé à l’organisation du projet Paris 2024 par passion pour les Jeux ?

 

J’ai toujours été passionné par l’organisation de grands événements, ces manifestations qui fédèrent toutes les énergies. J’ai d’ailleurs commencé ma carrière en participant à l’organisation du sommet de Paris de la Conférence pour la sécurité et la coopération en Europe (CSCE) qui regroupa 35 chefs d’États et de Gouvernement à Paris en 1990. Aujourd’hui j’attends l’Euro 2016 avec impatience, en espérant qu’il se passe dans les meilleures conditions. Son bon déroulement sera déterminant dans la candidature de Paris aux JO 2024.

À quoi ressemblerait Paris en ville olympique ? Quelles installations seront mises en place ?

 

Je suis convaincu que les jeux olympiques vont magnifier Paris. Il y aura d’abord un magnifique village olympique du côté de la Seine Saint-Denis. Le triathlon se fera dans la Seine, le beach-volley devant la Tour Effel, l’escrime dans le Grand Palais, le tir à l’arc aux Invalides … La beauté de Paris va rejaillir sur les Jeux. En même temps, les Jeux seront au service du Grand Paris et d’autres opérations d’aménagements.

Est-ce que Paris et la France peuvent se permettre cet accueil ?

 

Tout à fait. Les jeux sont un formidable accélérateur de projets qui, pour l’essentiel, existent déjà (le métro du Grand Paris, l’aménagement du village olympique par exemple) et qui se feront, Jeux Olympiques ou non. 90 % des équipements existent déjà ou auraient été, en tout état de cause, réalisés.

Que vous reste-t-il à faire d’ici la présentation du projet ?

 

Il nous faut, dans un premier temps, finaliser les différents projets, comme par exemple celui du village olympique, en ayant à l’esprit leur devenir après les Jeux, ce que l’on appelle « l’héritage ». Cette notion d’héritage est essentielle : les Jeux doivent apporter beaucoup aux territoires qui vont les accueillir.

Il nous faudra ensuite apporter toutes les garanties au CIO sur notre capacité à réaliser l’ensemble des équipements en temps et en heure. Cela suppose notamment de « boucler » le financement de l’ensemble des équipements et infrastructures, et de lever tous les obstacles juridiques et environnementaux.

Êtes-vous confiant quant à la candidature de Paris ? Ne craignez-vous pas une reproduction du scénario des JO 2012, qui avaient notamment suscité des soupçons de corruption ?

 

Les résultats seront annoncés en septembre 2017 à Lima. Notre concurrent principal est Los Angeles. Je suis confiant car tous les partenaires ont tiré les leçons de l’échec de 2012. Ce sont les sportifs qui portent le projet, conformément aux attentes du CIO (Comité International Olympique). Et surtout, l’ensemble des équipes sont mobilisées pour produire le meilleur dossier possible.

Ne craignez-vous pas que les attentats de 2015 fragilisent notre candidature ?

 

Aucun pays, aucun État n’est à l’abri du terrorisme, malheureusement. La COP 21 a été un réel succès et s’est déroulée sans heurts, malgré les événements de novembre. Je pense que si l’Euro 2016 est réussi, tous les arguments seront de notre côté pour les JO 2024.