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Le Blog des Alumni de l'ENA
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André Le Gall

Il est travailleur, méticuleux, voire « maniaque », comme il le dit lui-même. L'impression qu'il renvoie est celle d'un homme extrêmement cultivé et surtout généreux. Auteur dramatique et biographe reconnu, André Le Gall nous ouvre aujourd'hui sa bibliothèque débordante de livres, et nous parle de son parcours et de son œuvre.

Ce qui vous a amené à faire l'ENA ?

"Mon cheminement vers l'ENA est assez simple à raconter. Breton, petit-fils de paysans, après une scolarité dans l'enseignement privé, je me suis retrouvé au lycée de Rennes en classe de seconde. J’y ai obtenu le baccalauréat de mathématiques élémentaires malgré des notes navrantes en mathématiques précisément. J'ai rectifié cette première orientation en m'inscrivant à la faculté de droit. J'ai ensuite passé le concours d'inspecteur des PTT. J'avais à peine l'âge requis pour s'y présenter. Après un deuxième concours, celui d'attaché d'administration centrale, je me suis retrouvé à la direction du budget au ministère des finances, rue de Rivoli. J'avais l'ENA en tête. Je me suis donc présenté au concours interne de 1963."

 

À la sortie de l'ENA ? 

"J'ai passé trente-et-une  années à la Cour des comptes. J'en garde un excellent souvenir. La rigueur que le travail de la Cour exige m'a imposé ses disciplines. L'exercice du rapport ne permet pas de faire illusion. Il faut prouver ce que l'on avance. À l'âge minimal pour accéder à la retraite, j'ai quitté la Cour ayant des livres à écrire dont l'un, sur Corneille,  était déjà en route."

 

Ce qui vous a donné envie d'écrire ?

"Envie, je ne sais pas si c'est le mot qui convient. Écrire fait depuis toujours partie de ma structure constitutive. Cela me tenait à dix ans, à quinze ans, à vingt ans et encore au service militaire. En classe de seconde, j'avais été ébloui par la découverte de la littérature française classique. Dans Le Cid, dans Phèdre, puis l’année suivante, dans Lamartine, dans Hugo, dans Vigny, j'ai découvert des vers dont la puissance poétique m'a emporté. Moi aussi il faudrait que j'écrive ! Peut-être pourrait-on appeler cela une vocation, s’accomplissant en parallèle à mes ancrages professionnels. Pour écrire en toute indépendance ce que l'on veut vraiment écrire, il faut commencer par gagner sa vie ailleurs."

 

Et d'où vous vient votre intérêt pour la dramaturgie ?

"L'écriture dramatique s'est proposée à moi au détour d'une expérience de création sur France culture. J'avais écrit un roman, Massa et Meriba, puis quelque chose qui s'appelle Nouvelles scènes de la vie future que l'on peut d’ailleurs trouver sur mon site informatique sur le net. En 1978, ces Nouvelles scènes ont été retenues par le comité de lecture de France Culture et, ensuite, mises en ondes par le réalisateur Georges Godebert qui a réuni à cette occasion d'excellents comédiens dont François Chaumette et Paul-Émile Deiber. Quand on a écrit un texte, et qu'on l'entend interprété par de tels comédiens, on se dit que cela existe vraiment. Les personnages et la situation acquièrent une réalité, une tonalité, un relief que les voix portent à travers l'espace. Il m’est donc apparu que c'était cette écriture-là qui me convenait. Ma manière romanesque elle-même se rapprochait spontanément du dialogue de théâtre. Les descriptions y étaient si laconiques qu'elles s’apparentaient à des indications de scène. J'ai donc persévéré dans cette voie, composant en trois décennies un peu plus d'une vingtaine d'ouvrages dramatiques."

 

Votre meilleure expérience avec des comédiens ?

"L'expérience  majeure de l'auteur c'est de percevoir dans la voix et le jeu des comédiens une pleine compréhension du texte qu'il a écrit, c'est de noter que telle nuance d'écriture a été exactement traduite par le comédien, soit par pure intuition professionnelle soit par appréhension consciente. On se dit : « tiens, il a vu ça aussi ! » La rencontre s'est faite sur un texte, sur des répliques, sur des mots. Les suggestions de l'auteur, en cours d'enregistrement, sont d'ailleurs le plus souvent l'objet de la plus grande attention. Et puis quand c'est fini, chacun s'en va de son côté. Les comédiens que mobilisait France culture à l’époque étaient la fine fleur des talents disponibles sur la place de Paris."

 

Le comédien qui vous a le plus marqué?

"Il n'y en a pas un en particulier. Des interprètes que j'ai vu passer à la radio, je retiens surtout leur simplicité et leur attention. Pour ne parler que d'un seul de mes ouvrages, Le Jugement de Constantin le Grand, je me rappelle  la savoureuse interprétation de la gardienne du Tribunal par Dora Doll. Quant à l'interprétation d'Hélène, sainte Hélène, la mère de Constantin, par Denise Gence, il n'y a rien à ajouter. C’était superbe."

 

La Cour a-t-elle apporté quelque chose à votre activité d'écrivain?

"Entre l'activité de la Cour qui est très absorbante, et l'activité littéraire, il n'y a aucun lien. Tout au plus peut-on noter, s'agissant des biographies, une certaine continuité de méthode. Le rapport comme la biographie repose sur la recherche de l'information, le recensement des sources, la réunion des pièces à l'appui, la vérification méticuleuse de ce que l'on écrit, il y a là une certaine identité de démarche, mais qui s'applique à des domaines sans liens entre eux."

 

Et l'ENA?

J'entends dire que l'on n'y apprend rien. Moi j'y ai appris des choses. Sans doute avais-je beaucoup à apprendre. Le mérite de cette Ecole, c'est, entre autres, de permettre à des gens déjà engagés dans la vie de changer de voie au moyen d'un concours écrit anonyme, suivi de prestations orale devant un jury composé d’une pluralité de membres."  

 

Revenons à la littérature : la succession Corneille - Pascal- Racine - Ionesco paraît assez peu naturelle. Comment s'explique-t-elle?

"À la suite de ma biographie de Corneille, chez Flammarion, on m’a proposé de faire celle de Pascal. Trois minutes de réflexion, et j'ai donné mon accord. Pascal, ça ne se refuse pas. Puis sont venus Racine et Ionesco. Pourquoi Ionesco ? Parce qu'il était temps de changer de siècle. Il arrive que des commandes vous fassent découvrir de vastes paysages que vous ignoriez, voire vous conduisent à lire des œuvres jusque là  inconnues de vous. C'est ainsi que la Société Chateaubriand m'ayant demandé de commenter la tragédie de Chateaubriand, Moïse, j'en ai découvert l'existence en même temps que la force. Pour être ignoré, voire déprécié, ce Moïse n'en est pas moins un puissant texte dramatique, écrit en vers raciniens, et d'une haute portée métaphysique."

 

Votre prochain livre ?

"À présent je mets la dernière main à un Mauriac politique. Il ne s'agit en aucune manière d'une nouvelle biographie de François Mauriac, mais d'une lecture de son œuvre  politique. À la suite d'une fréquentation assidue du Mauriac journaliste de mon adolescence et de ma jeunesse, j'ai commis un assez gros ouvrage qui se veut le premier élément d’une mise en scène du siècle et de ses métamorphoses. L'exercice prend assez naturellement la forme d'une confrontation entre le chroniqueur des années 1944-1962, et son lecteur, 60 ans après. Le temps est long, mais il aura passé vite."

 

Par quoi votre œuvre  est-elle animée ?

"Bonne question s'il en est! Et qui pousse l'auteur dans ses retranchements. En septembre 2012 Christian Deudon et Natacha Lumet ont créé au Théâtre de l’Isle Saint-Louis, dans une production de L’œil du Prince, ma dernière pièce, Un Homme dans sa tombe.  Pour le personnage central, notre contemporain,  qui s’est laissé enterrer vivant dans cette tombe, il s’agit d’en  sortir. Je pense que ce qui s'exprime plus ou moins à travers tout ce que j'ai écrit, c'est l'idée d'une alliance cosmique entre le divin et l'humain, c'est la réponse au défi que le Dom Juan de Mozart jette à la face du Commandeur, c'est la mise en lumière d'une image divine avec laquelle puisse se ranimer l'alliance biblique, vétéro-testamentaire et néo-testamentaire, c'est la conviction que ce qui ouvre l'avenir et qui donne sens à chaque vie, c'est non point la révolte mais l'Alliance."

 

 

Site : www.andrelegall-auteur.com