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Le Blog des Alumni de l'ENA
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Arnaud Teyssier

© Bruno Klein

Président de l’Association des Anciens Elèves de l’ENA de 1999 à 2011, co-directeur de la Prép’ENA Paris I – ENS où il enseigne également la culture générale, si Arnaud Teyssier est connu pour ses nombreux ouvrages d’histoire politique et ses biographies – Lyautey, Péguy, Richelieu – il l’est moins pour sa passion pour Downtown Abbey. Rencontre avec un Alumnus bibliophile, passionné d’histoire et amateur de séries télévisées britanniques.

Pourquoi vous avez fait l’ENA…

« Au départ, j’étais destiné à être professeur. Finalement, je le suis devenu, mais c’est une autre histoire. Un de mes amis avait fait l’ENA et cela me paraissait complètement inatteignable. Il m’a encouragé et il se trouve que la prépa et les matières du concours m’ont beaucoup plu. »

Aviez-vous un plan B ?

« Je n’en avais pas, j’aurais simplement cherché à faire autre chose. D’ailleurs, je le répète continuellement à mes étudiants qui préparent l’ENA : quand on prépare le concours, on laisse de côté les questions métaphysiques ! »

Vous avez fait partie de la promotion Condorcet, avez-vous participé au choix du nom ?

« Je l’ai soutenu à la fin contre Erasme, l’autre nom en lice, mais sans grande conviction. En fait, j’aurais préféré un nom plus étatique, comme Richelieu. Le problème de cette année était que pour la première fois, les élèves étrangers participaient au vote. Sur le fond, c’était évidemment bien mieux, mais ça avait modifié beaucoup de choses car il fallait que les noms soient plus acceptables sur le plan international. Par exemple, il devenait difficile de faire passer Gambetta ou Clémenceau – on peut faire plus consensuel !  Alors quand Richelieu a été proposé, les élèves protestants ont demandé « mais que faites-vous du siège de la Rochelle ? » … Un Allemand a alors proposé Bismarck, puis un autre a lancé le nom de Raymond Poulidor… Aujourd’hui, le choix du nom intervient au début de la formation, et non après le stage, donc les noms sont plus des noms d’étudiants. » 

Votre principal loisir…

« Je lis énormément et suis un vrai bibliophile - amateur de beaux livres. Mon appartement ressemble à une bibliothèque et cela ne s’arrange pas : en sortant de mon rendez-vous précédent et en venant ici,  je me suis arrêté pour acheter les correspondances entre Zweig et Rolland, où Zweig parle de l’ambiance bizarre des années vingt en Allemagne. »

De quoi votre bibliothèque est-elle composée ?

« En grande majorité de livres d’histoire. Pas tellement des ouvrages  contemporains mais plutôt des livres de réflexion historique, des classiques, des mémoires historiques ou encore des auteurs oubliés du XIXème. Je lis beaucoup de littérature des XIXème et du XXème, Morand et Hugo par exemple. »

Quelques romans ?

« Les romans ne m’amusent pas, je trouve que la réalité est beaucoup plus romanesque. »

Si vous étiez un personnage historique…

« Peut-être Richelieu ou Waldeck-Rousseau… difficile à dire car c’est assez vaniteux ! Disons plutôt « un personnage mêlé à l’histoire » ! Dans ce cas, j’aurais été un diplomate des années vingt au quai d’Orsay à l’époque de Philippe Berthelot. C’était aussi celle d’Alexis Leger – Saint John Perse. Berthelot avait fait construire un court de tennis sur les toits du quai d’Orsay ; il considérait que les diplomates devaient s’entretenir ! C’était un homme cultivé et intelligent, un personnage fabuleux. Ou alors, si j’avais pu naître quelques décennies plus tôt, il m’aurait plu de m’occuper de l’aménagement du territoire au début de la Vème République. »

Avez-vous un âge d’or ?

« J’ai une tendresse particulière pour la Belle Epoque car elle représente une concentration d’intelligence littéraire et d’artistes qui n‘a jamais été égalée. Il se passait réellement des choses sur  tous les plans : politique, littéraire, économique… Plus proches de nous, j’aurais aimé vivre les débuts de la Ve République. Enfant, j’ai connu la fin de la période gaullienne et c’est une époque que j’ai aimé vivre. Certes, elle a sûrement été embellie par les souvenirs d’enfance : quand De Gaulle est mort, j’avais dix ans et pensais alors qu’il s’appelait De Gaulle en référence à la Gaule. Il y avait donc une impression de grandeur, de prestige, ou d’âge d’or simplement. Et pourtant, ce furent des moments très durs – ce dont je n’avais pas conscience. Si l’on dresse un bilan, la période où De Gaulle a gouverné de façon un peu tranquille a duré seulement six ou sept ans. »

Le dernier film que vous avez vu ?

« Le labyrinthe du silence, un film dramatique et historique allemand qui parle du procès de Francfort. Ce film est très réussi, notamment du fait des couleurs et des voitures – extrêmement bien choisies. Je trouve aussi qu’il renvoie une assez bonne image de ce que devait être l’Allemagne dans les années soixante. »

Faites-vous preuve d’autant de pragmatisme dans vos goûts cinématographiques que littéraires ? 

« J’apprécie tout de même les fictions, en particulier les séries britanniques. L’une de mes préférées, Happy Valley, raconte les histoires d’une ville anglaise. Sinon, je suis un fidèle de Downtown Abbey depuis ses débuts. Il m’arrive également de regarder la série House of Cards, pas mal non plus ! La représentation qu’elle donne de l’activité politique – aussi fantasmée soit-elle – n’est pas sans rappeler la définition du gouvernement donnée par Maurice Hauriou : l’art de diriger la société de la chair, du sang et des passions. »