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Le Blog des Alumni de l'ENA
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François Schechter

Curieux et cultivé sont deux adjectifs qui lui siéent parfaitement. François Schechter, inspecteur général à l’IGAS, fan de littérature et d’arts décoratifs, s’intéresse en effet à beaucoup de choses : du SOE de Churchill à la Comédie humaine de Balzac, ses pérégrinations intellectuelles ne semblent pas rencontrer de limites. Ecrivain aux petites heures, il a publié en 2014, un ouvrage sur les correspondances fictives de Talleyrand et Delacroix et vient d’en parachever un nouveau sur le personnage d’Henri de Marsay.

Enfant, que vouliez-vous devenir ?  

« Ecrivain. J’étais un enfant assez solitaire et mon appétence pour la littérature était insatiable. Je nourrissais trois fascinations : une pour les livres de la série verte Langelot Agent secret, une pour Balzac en général et une pour son personnage-hégémon de la Comédie humaine, Henri de Marsay. Insaisissable, il est, en réalité, plus un phénotype qu’un personnage et plus marqué par ses excès que par ses qualités, sous la plume balzacienne. Je viens de finir un ouvrage sur lui. On voit se dégager un personnage étonnant, et plus complexe que ses apparitions dans la Comédie humaine ne le laissent penser.  Il se justifie d’avoir un cœur sec par des arguments enfantins, du type de ceux qu’un adolescent pourrait utiliser face à un juge d’instruction à Bobigny. (Rires). »

Qui vous a mis Balzac entre les mains ?

« Il faut bien concevoir qu’à mon époque, il ya un siècle, il y avait beaucoup de petites librairies de quartier assez bien fournies. Les libraires conseillaient les clients et quand ils voyaient arriver un petit garçon avec quelques sous dans les poches, ils le menaient bien souvent vers les livres de poche. C’est ainsi que j’ai découvert Balzac. »

Si vous n’aviez pas fait l’ENA ?

« J’aurais été décorateur d’intérieur. Je m’y suis aventuré chez moi – au grand dam de mes enfants qui n’apprécient que moyennement mon style « Regency – russe » ! » 

 

Etes-vous toujours un grand lecteur ?

« Ma charge de travail étant assez lourde, je lis moins que je ne le devrais et sur des heures volées et très matinales, vers quatre ou cinq heures du matin. »

Quand vous avez du temps libre…

« Quand j’en ai un peu, je vois des amis. Quand j’en ai beaucoup, je voyage, et plutôt en Asie. Sinon, je suis administrateur d’un orchestre donc je passe un peu de temps dans les salles de concert. »

Cuisinez-vous un peu ?

« Très mal ! Je sais faire les « œufs masqués » à la perfection, j’ai séduit ma femme avec cette recette. C’est tout bête : vous mettez un couvercle et l’albumen vient recouvrir le jaune. Je recommande cela à tous ceux qui ne savent rien faire ! Je suis assez gourmet, mais plutôt porté vers les vins et les cigares –pas très correct politiquement ! En vins, j’apprécie les Côtes rôties et les Rioja. Ce sont des vins qui ont des structures assez fortes  et qui, pour les Rioja, rappellent certains Bordeaux, bien qu’ils vieillissent plus vite. »

La dernière fois que vous en avez bu ?

« Hier soir, avec du Stilton. »

Vous qui êtes fan d’histoire, avez-vous un âge d’or ?  

« Je me serais bien vu sous le Premier Empire, être Dominique Vivant Denon, le premier conservateur du Louvre. Une aile du musée est à son nom, mais il demeure méconnu. C’était un illustre collectionneur et un grand curieux. Il a d’instinct organisé les grands principes de la muséographie moderne, comme la circulation de la lumière et des personnes. »

Si vous pouviez dérober une œuvre du Louvre ?  

« Ce n’est pas mon style ! En revanche, si je pouvais avoir un grand tableau chez moi, ce serait probablement un Ingres ou un Delacroix, j’hésite… Soit une des vues de Rome peintes depuis la villa Médicis par Ingres, soit L’Autoportrait au gilet vert, de Delacroix. »

Le dernier film que vous avez vu ?  

«  Dernièrement, j’ai vu un documentaire de la BBC sur le Special Operations Executive, ce sera sûrement le sujet d’un prochain livre… Je m’y suis intéressé via un personnage assez curieux : Hardy Amies. Avant d’être le couturier de la Reine, il s’est s’occupé d’opérations secrètes en Belgique pendant la guerre. Des chercheurs on découvert, à la fin de sa vie, qu’il avait commandité l’opération Ratweek en Belgique. Il aurait pu s’en vanter mais a maintenu le culte du secret jusqu’à sa mort. Dans ses dernières années, il s’est coupé du monde de la mode et s’en est pris à tous les chouchous du luxe, ce qui l’a fait passer pour un vieux grincheux.

Un personnage qui n’est pas sans rappeler Alan Turing…

« Exactement, c’est le  même genre de personnalité : des hommes qui ne transigent pas. Ils se sont d’ailleurs côtoyés. Il y avait beaucoup de personnages de ce genre à l’époque. Quand Churchill a monté ses équipes, il cherchait des gens qui s’étaient tenus à l’écart de l’establishment. Il y avait autour de lui un petit groupe anti – appeasement. Ils se sont rapidement auto-baptisés les « irréguliers de Baker street », et menaient la non-gentleman war. A mille lieues du Premier Empire, c’est aussi une époque qui m’intéresse énormément. »