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Le Blog des Alumni de l'ENA
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Jean-Pierre Hoss

« Petites perturbations climatiques sans gravité », c’est le titre de son dernier livre. Jean-Pierre Hoss y raconte une histoire un peu folle, celle d’un vigneron et de son invention révolutionnaire. Le parcours de M. Hoss est aussi difficile à décrire que l’intrigue de son dernier roman. Du Conseil d’Etat à l’écriture en passant par l’Université fédérale de Brasilia, le Sénégal, Radio Monte-Carlo, Air France, la production audiovisuelle, le Centre national du cinéma, la Cour nationale du droit d’asile et la médiation en Ile-de-France, rencontre avec un ancien élève au cursus plus qu’original !

Pourquoi vous avez choisi l’ENA…. 

« L’envie m’est venue en cours d’études à Sciences Po. Figurez-vous qu’en y entrant j’ignorais l’existence de l’ENA ! D’ailleurs l’existence de Sciences Po, je n’en ai eu connaissance qu’assez tard aussi ; elle résulte d’une conversation entre ma mère et une autre mère d’élève sur le marché d’Argenteuil. Ma mère est revenue du marché en disant, « écoute, j’ai trouvé quelque chose pour toi. » Je me suis inscrit au concours d’entrée en pensant que je n’avais aucune chance d’être reçu car je venais d’un lycée de banlieue et que j’affrontais des élèves qui venaient des grands établissements parisiens. A ma grande surprise j’ai été reçu. J’ai alors fait un très gros effort de travail pour être au même niveau que les autres élèves. Trois ans plus tard, je suis sorti 1er de ma promo. A Sciences Po, une sorte de pression du milieu s’est exercée sur moi et j’ai fini par me convaincre qu’il fallait que je tente l’ENA. »

 

Et si vous n’y étiez pas entré ?

« J’avais pensé au journalisme. » 

Si vous pouviez réformer l’ENA…  

« Je changerais sûrement quelque chose dans le concours d’entrée pour  ne pas défavoriser les élèves venant d’un milieu social ayant une culture générale moindre. Une épreuve de personnalité, oui. Une épreuve de culture générale dans laquelle on peut exiger des élèves qu’ils aient une connaissance des arts, attention : il ne faut pas que ça soit discriminant. »

Gestion publique et gestion privée, y-a-t-il une différence ? 

« Il y a une différence qui tend à s’amenuiser. Ce n’est pas parce qu’on poursuit un objectif d’intérêt général qu’on doit moins se soucier de la rentabilité de l’activité. La question est de savoir comment on apprécie cette rentabilité. Il y a des critères de mesure d’une bonne gestion qui peuvent différer parce que l’objectif qu’on poursuit n’est pas le même. Mais un euro est un euro et il faut faire autant attention à la façon dont on le dépense dans le public que dans le privé. La  différence de gestion tient surtout au fait que certains critères doivent être propres à l’objectif l’intérêt général. »

Ce qui vous a amené à écrire… 

« Mon envie d’écrire est ancienne. A la retraite j’ai pu libérer ce désir. J’ai voulu jouer avec les mots, les ciseler… libérer mon écriture en somme.  Il faut dire que j’avais passé un certain nombre d’années au Conseil d’Etat à rédiger des arrêts. Or on ne peut imaginer écriture plus contrainte que celle d’un jugement et notamment d’une décision du Conseil d’Etat. Tout doit tenir dans une seule phrase qui commence par « considérant » et qui se termine par « décide ». Elle n’a pas le charme de celles de Proust !  Cette manière de rédiger a été un peu modifiée dans la période récente pour que les décisions soient plus facilement compréhensibles par les citoyens. Ce n’est pas si facile de se «  lâcher » dans la manière d’écrire un roman quand on a été contraint de rédiger d’une certaine manière pendant longtemps. Mais  c’est très agréable ! A ce titre, le traitement de texte est une invention formidable. C’est un avantage sur les écrivains qui nous ont précédés ! ». 

En parlant d’inventions, quelle serait-la vôtre ? 

« Une invention importante qui reste à faire, c’est la transmission des odeurs. Souvent j’ai des conversations avec mes petites filles à ce propos et on s’amuse à dresser des Top 10 de nos odeurs préférées. On a en commun l’odeur du poulet rôti, celle de la fleur d’oranger, de la lavande, celle du café, du pain grillé… Imaginez comme ce serait formidable de pouvoir téléphoner à quelqu’un et de lui dire, « Je prends mon petit déjeuner » et  de lui faire sentir en même temps l’odeur du  pain qui grille ! »

Pour qui avez-vous de l’estime ?

«  J’ai de l’estime pour les gens courageux. Des gens intelligents il y en a énormément, mais des gens courageux il y en a moins. Là, je fais allusion notamment au monde politique. Il ne compte pas assez de gens courageux et qui parlent vrai. Même si la plupart sont intelligents ! Je fais une digression sur les hommes politiques, mais à mon grand oral de l’ENA, j’ai eu à commenter un bloc notes de François Mauriac dans l’Express. Il portait sur le thème «Pour faire de la politique il ne faut pas être trop intelligent. » Si vous l’êtes trop, face à un problème vous apercevez toutes les solutions possibles et donc vous n’arrivez pas à choisir. Or la politique c’est aussi l’art de décider. Les gens trop intelligents sont comme l’âne de Buridan qui est mort car il se trouvait à mi chemin entre un seau d’eau et une botte de foin ! Simplement, j’admire les gens courageux qui parlent vrai. »

Votre plat préféré ?

« Je garde un souvenir ému d’un ragoût de crustacés à la tomate qui m’avait été servi dans la baie de San Francisco par un immigré italien. Il y avait des moules, des coques, de la langouste, des épices…Mes papilles ont été éblouies ! - Si on peut parler d’éblouissement pour les papilles ! (rires) »