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Le Blog des Alumni de l'ENA
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Portrait du général Benoît Durieux

Après Saint-Cyr, Sciences Po, un master à Georgetown University, Benoît Durieux, ancien directeur du centre des hautes études militaires, actuellement général de la 6ème Brigade légère Blindée, a accepté de répondre à nos questions.

 

Pourquoi avoir choisi l’armée ?

Quelques membres de ma famille sont des militaires, mais c’est surtout le type de vie qu’offrait la carrière militaire qui m’avait attiré. J’avais le goût de l’aventure, je voulais une vie active, des valeurs à défendre et la possibilité d’agir sur les choses.

Ce qui vous a marqué lors de vos expéditions ?

Si je compare mes expéditions en Bosnie, en Afghanistan, et en Somalie, je retiens principalement deux choses. D’une part, toutes ces sociétés n’étaient pas en guerre, mais en crise interne, ce qui par contraste m’a fait prendre conscience de la chance de vivre dans une société en paix. D’autre part, j’ai pris conscience de la fragilité de l’homme au coeur de la violence, et dans ce climat, j’ai compris plus encore que l’armement, la cohésion au sein de mon unité,les forces des liens qui unissent les membres.

Quelle est la place de la laïcité dans l’armée ?

L’armée est un des lieux où la laïcité se vit le mieux car chacun agit pour remplir une mission , chacun peut exercer librement sa religion si cela ne se fait pas au détriment de notre mission. Nous avons des aumôniers militaires de toutes confessions. Chacun est libre est respecte la croyance de l’autre. Par exemple, à la légion étrangère, les officiers fêtaient Noël avec les légionnaires qui ne peuvent pas rentrer chez eux à cette période. C’est aussi en cela que le groupe est très uni.

Quel est votre plat préféré ?

Un bon steak-frites! Avec une île flottante en dessert. Sur le terrain, c’est assez difficile, mais nous avons des rations pour la journée, et les rations françaises sont internationalement reconnues comme étant les meilleures et les plus copieuses. D’ailleurs, une ration française s’échange bien souvent contre deux à trois rations américaines !

Vos héros ?

Parmi les figures qui m’inspirent, Cicéron, le général Desaix,  Lawrence d’Arabie, le général Beaufre, le général de Gaulle,  et Jean-Paul II. J’aime tout particulièrement la philosophe Hannah Arendt.

Quelle est la place des femmes dans l’armée ?

L’armée compte aujourd’hui 15% de femmes, ce qui constitue un des plus fort taux dans le monde occidental. En revanche, ce taux est plus faible dans les postes à responsabilité, ce qui s’explique car il faut laisser le temps à celles qui ont été les premières à intégrer les grandes écoles militaires de parvenir à ces postes. Il faudrait encore dix ans à mon sens, pour modifier cette situation.

Quel conseil donneriez-vous aux jeunes ?

Ne jamais renoncer à ses rêves, savoir écouter, et avoir le réflexe de critiquer. Faire toujours comme si tout dépendait de soi et savoir que rien ne dépend de soi. Et d’avoir à l’esprit que tout ce dont on peut être fier est ce que l’on a apporté aux autres.

Quelle est votre philosophie de la guerre ?

L’action militaire ne vise pas d’abord à tuer contrairement à une idée répandue. Nous intervenons quand le dialogue rationnel n’est plus envisageable, dans le but précis de le restaurer, quand seule la violence apparaît pour mettre fin à cette situation. Il s’agit toujours d’agir dans le but d’une paix meilleure. En réalité, les risques que l’on court pour soi-même ne sont pas les plus angoissants quand on est au cœur de l’action. Ce qui est le plus difficile, c’est de donner des ordres en qui conduisent à risquer la vie des subordonnés.

Comment créer du lien dans l’armée ?

On fait des choses dures ensemble. La solution, quand on ne peut pas manger à sa faim, quand on marche longtemps, quand on a froid, quand on a peur, il faut s’entraider pour surmonter les difficultés. Ceci crée des liens qui dépassent le seul cadre professionnel:  on passe beaucoup de temps ensemble en dehors du strict cadre de service.