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Le Blog des Alumni de l'ENA
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Adrienn Kézsmárki

Première secrétaire en charge des affaires politiques à l’ambassade de Hongrie en France, Adrienn Kézsmárki a suivi le cycle long de l’ENA. Rencontre avec une diplomate de 38 ans, auparavant professeur de lettres en Hongrie.

​Pourquoi vous avez choisi l’ENA…

« J’avoue que mon cursus est particulier car j’ai commencé par les lettres. Après quelques années en tant que professeur je me suis orientée vers les relations internationales en entamant une thèse. J’ai  entendu que les étrangers pouvaient postuler à l’ENA, or je voulais justement mettre en pratique mes connaissances. Ma formation était théorique et je n’étais pas sûre de vouloir continuer dans cette voie. »

Si vous n’aviez pas fait l’ENA… 

« J’aurais sûrement fini ma thèse  sur la politique extérieure des pays de l’Europe centrale et le groupe de Visegrad. A l’époque le sujet n’était pas passionnant car il se passait peu de choses. Il l’est maintenant beaucoup plus ! La deuxième option aurait été d’intégrer une institution européenne. J’avais tenté les concours – et en ai réussis ! - mais grâce à l’ENA, je me suis plutôt dirigée vers la fonction publique nationale et les services diplomatiques".

En sortant de l’Ecole… 

« Je suis retournée à Budapest pour travailler au Ministère des Affaires Etrangères.  C’est à travers ce ministère que je suis en poste à Paris. J’ai d’abord été détachée au Quai d’Orsay dans le cadre d’un échange entre fonctionnaires et je travaille aujourd’hui à l’ambassade. »

Ce que vous pensez de la spécificité de l’enseignement supérieur français…

« Le système de grandes écoles est très propre à la France. Ce que je lui reproche, c’est le double système des prépas accessibles sur dossier et des universités sans concours d’entrée.  Pour les étrangers, cette distinction est plutôt difficile à comprendre. En discutant avec des Français, je me suis rendue compte que ceux issus des milieux les plus modestes n’en comprennent pas non plus les enjeux. En Hongrie, il y a un concours d’entrée pour toutes les universités dont la difficulté varie selon le prestige de l’institution. Je pense que cela contribue à placer tout le monde sur un pied d’égalité ou du moins à rendre le système plus lisible. Cependant le cas de l’ENA est différent. Elle sort de ce cadre car ce n’est pas une formation supérieure initiale : on passe un concours  comme pour toutes fonctions d’Etat, et ceci est suivi par une école d’application permettant d’accéder aux postes de la haute administration. Je trouve finalement cela très clair. »

Si vous pouviez réformer l’ENA… 

« Je mettrais plus l’accent sur les capacités de gestion d’une équipe et sur la dimension relationnelle. A l’ENA, la plupart des élèves ont vocation d’occuper des postes dans lesquels ils vont exercer un pouvoir et gérer des personnalités différentes. Certains concours d’entrée dans les services diplomatiques prennent en compte l’aspect, comme l’Allemagne et l’Autriche où il y a un test psychologique qui vérifie l’aptitude des candidats pour exercer des fonctions de diplomates. Je sais que c’est un peu sensible mais je pense que cela aurait réellement sa place. J’ajouterais également que pendant ma scolarité nous était proposé un cours sur le management et les relations humaines à titre optionnel. Pourquoi ne pas le rendre obligatoire ? En France l’esprit de concours a tendance à faire oublier aux gens qu’il faut savoir appréhender l’humain. »

L’Etat pour vous c’est… 

« Je viens d’un pays post communiste et j’ai vécu la fin de cette époque dans laquelle l’Etat était censé occuper un rôle central. Les prestations publiques étaient de grande qualité, que ce soit dans le social ou dans l’éducation. Mais en vérité, c’était une dictature et personne n’a eu du respect pour les représentants de l’Etat. L’Etat faisait partie d’une idéologie à laquelle on n’adhérait pas. Je pense que ma formation en France m’a renforcée dans l’idée que le rôle de l’Etat peut être légitime  et que le service public puisse avoir un réel sens et une mission. Les personnes que j’ai rencontrées à l’ENA y sont attachées avec sincérité. »

L’anglicisme que vous refusez d’employer… 

« Sans hésitation, le mot « footing » ! Ca n’existe pas en anglais ! Je suis prof d’anglais et j’ai appris ce mot en France, il me paraît absurde. (rires) »

Votre occupation préférée…

« J’adore mon travail, mais dans mes heures du temps libre, je préfère changer complètement : faire de la danse, surtout du ballet, ou bien sortir de la ville pour pratiquer des sports en plein air : ski, surf, voile… – liste non-exhaustive ! »