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Le Blog des Alumni de l'ENA
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Hakki Akil

Si ça ne tenait qu’à lui, sa promotion se serait appelée « Dom Pérignon ». On aurait bien aimé en faire partie. Hakki Akil est sorti de l’ENA en 1989, après deux années rythmées par ses « nuits turques » mensuelles. Il est aujourd’hui ambassadeur de Turquie auprès de la France et n’a rien perdu de l’humour et de la générosité qui l’ont rendu populaire durant sa scolarité.

 

Ce qui vous a amené à faire  l’ENA…

« Je n’en ai pas rêvé toute ma jeunesse, c'est plutôt une histoire de circonstances. Dans les années 1980, l’ENA voulait un étudiant turc. J’étais déjà en poste à Paris comme consul et mon gouvernement m’a choisi comme candidat. »

L’Etat, pour vous c’est …

« Une organisation qui doit exister pour rendre les gens heureux, garantir leur liberté et sauvegarder leurs droits. Il ne faut pas que l’Etat se mette devant le peuple. Il doit se rappeler qu’il est d’abord là pour lui rendre service et non pour le diriger. Il n’en est pas le maître mais le serviteur. » 

Pour qui avez-vous de l’estime ?

« J’en ai d’abord pour ma famille. Après, dans l’ordre, j’en ai pour mon village natal, Kargi, et pour ses habitants. J’ai beaucoup d’estime pour eux et me considère à leur service. J’ai également beaucoup d’affection pour mon peuple et mes concitoyens.» 

Quels intangibles pour les diplomates de demain ?  

« Ils devront se rappeler qu'ils sont là pour servir le peuple et bien se garder de se surestimer. Plus les fonctionnaires et diplomates montent en grade, plus ils doivent être humbles. Nos postes sont des moyens et non des fins. »

De quelle invention rêvez-vous ?

« D'un moyen pour faciliter mon jeu au golf. Peut-être que ça existe déjà ? » 

Comment occupez-vous votre temps libre ?

« J’ai toujours fait beaucoup de sport. Au lycée je faisais partie de l’équipe nationale de tennis de table. Je suis fier de dire que je ne suis pas un grand intellectuel ! Je me considère plutôt comme un homme de terrain. J’aime avant tout être en contact avec les gens. Vous savez ce que je fais que je suis seul ? Je vais chez le coiffeur, juste pour parler. Je suis très sérieux, ca m’est arrivé au moins dix fois ! »

Et quelles étaient vos principales occupations à l’ENA ?

« On peut dire que je fréquentais plus les gymnases que les salles de classe ! Squash, équitation, tennis... J’ai du faire tout ce qu’il y avait ! En réalité j’avais vite compris notre rôle à nous, les élèves internationaux. Nous étions d’abord là pour enrichir les perspectives sur les sujets étudiés. Notre réussite académique n’était pas ce qui comptait le plus. Pour moi le networking était aussi - voire plus -  important que la partie études. D’ailleurs, tous les mois j’organisais des « nuits turques », des fêtes à l’ENA pour que nos amis français soient un peu plus décontractés. Je les trouvais obsédés par le classement ! » 

Vous étiez un peu le trublion de la promo ?

« Certainement ! D’ailleurs quand on a du choisir le nom de la promo j’ai réussi à soutenir le celui de "Dom Pérignon" jusqu’à trois heures du matin. Je voulais que la promo se nomme ainsi car c’était un symbole de prestige et d’ouverture vers le privé. Ca a très bien marché jusqu’à cette heure avancée puis ça a tourné à la querelle gauche - droite comme d’habitude… Alors on a bifurqué vers ce nom plutôt classique de "Liberté Egalité Fraternité". » 

Une histoire restée dans les annales ?

« Celle du Dom Pérignon ! J’ai sorti un peu plus tard un album de promo pour les étudiants étrangers. Il comportait une bande dessinée faite par les élèves, "Tintin à l’ENA" et les caricatures de chaque étudiant. La mienne était vraiment drôle, j’étais allongé, entouré de trois bouteilles de Dom Pérignon ouvertes ! En clin d’œil, j’ai apporté trois magnums à la soirée suivante. Mes amis de promo s’en rappellent et j’ai encore droit au "Voilà Monsieur Dom Pérignon !" » 

Un souvenir vous venant à l’esprit ?

« Oui, sûrement le plus mauvais ! J’avais fait venir à l’une de mes soirées quelqu’un du quartier turc qui faisait du kebab. On m’avait dit que c’était le meilleur de la ville. Deux jours plus tard, un homme des RG est venu me voir et m’a dit « Monsieur Akil, ça c’est trop ! Vous avez fait entrer dans le temple de la bureaucratie française un truand qui fait du trafic de drogue ». Apparemment il avait raison car ce fameux type s’est fait tuer deux mois après dans une Rolls Royce… Sinon, je garde un excellent souvenir du directeur Roger Fauroux et d’Alain Cabanel. Depuis que je suis en poste à Paris, j’essaie de réunir mes camarades de promo aussi souvent que possible ! »