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Le Blog des Alumni de l'ENA
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Laurent Stefanini

Chef du Protocole de la République depuis 2010, expert des questions religieuses, Laurent Stefanini est incontestablement l’un des grands diplomates français de sa génération. Il nous a décrit son parcours, sa vision des relations internationales et de la politique étrangère de la France … et même ses rapports avec les « grands » de ce monde !

Qu’est-ce qui vous a conduit à faire l’ENA ?

 

C’est venu de Sciences Po. J’ai grandi dans un milieu éloigné de la fonction publique, à Saint-Germain-en-Laye mais mon père avait fait Sciences Po. Étant un peu hésitant quant à mon avenir professionnel, j’ai choisi d’entrer, jeune, dès après le bac, dans cette école où j’ai trouvé toutes les disciplines passionnantes. J’ai ensuite décidé de passer le concours de l’ENA et d’entrer dans la haute fonction publique. J’appartiens à la promotion 1985 (Leonard de Vinci).

 

Quels souvenirs gardez-vous de votre scolarité à l’ENA ?

 

Pour moi, l’ENA est une école d’application et de travaux pratiques. Ce que j’ai appris en termes de connaissances, c’est plutôt à Sciences Po que je l’ai trouvé. Comme beaucoup d’élèves, j’ai apprécié mes stages, qui ont été extraordinaires – j’ai eu la chance de faire mon stage « long » en Polynésie française auprès d’un grand préfet haut-commissaire, Alain OHREL (ENA, promotion Albert Camus 1962).

 

Après l’ENA, vous vous orientez vers les relations internationales. Pourquoi avoir choisi la diplomatie ?

 

Mon rang de sortie me permettait de choisir entre tous les ministères  mais excluait une entrée dans les grands corps. La diplomatie n’est pas ma vocation de toujours, mais j’ai néanmoins choisi le Ministère des Affaires Étrangères qui m’a paru le plus intéressant et le plus varié. Ma première affectation fut à la direction des affaires juridiques, à traiter des questions de droit international public général puis de droit de la mer et de l’antarctique. Ce que j’apprécie le plus dans la diplomatie, c’est la diversité des fonctions et des missions. Les Affaires étrangères m’ont permis de pouvoir traiter à la fois de questions de désarmement, de développement durable et d’environnement, d’affaires religieuses ou de logistique comme je le fais maintenant en tant que chef du Protocole. Ma carrière a été jusque-là plutôt parisienne, ce que j’apprécie car elle ne manque pas d’ouvertures sur le monde pour autant, notamment en termes de déplacements : un poste à l’étranger est plus sédentaire.

 

On vous présente comme un expert des questions religieuses : comment expliquez-vous la place de la religion dans les relations internationales ?

 

C’est effectivement un sujet qui m’intéresse particulièrement. La France est un pays laïc ; dans la constitution, la République est laïque avant même d’être démocratique ou sociale. Nous sommes dans un pays où l’on privilégie la liberté de conscience tout en assurant la liberté de religion. Ce n’est pas le cas partout sur la planète : il est des pays où l’appartenance religieuse est contraignante et où l’État est confessionnel. Je pense à l’Arabie saoudite. La religion a dans tous les cas un rôle politique majeur : elle n’est pas seulement une foi individuelle mais aussi un moyen d’expression collective qui a un grand retentissement sur les relations internationales.

 

Comment expliquez-vous l’attitude du Vatican ces derniers mois et quelle suite y voyez-vous ?

 

La presse a effectivement parlé de moi ces derniers temps en raison de ma désignation au poste d’ambassadeur de France au Vatican qui n’a pas encore été agréée par le Saint-Siège, probablement du fait de certains éléments conservateurs dans l’entourage du Pape François. Celui-ci m’a assuré que ma personne n’y était pour rien. J’ai au demeurant travaillé de nombreuses années avec le Saint-Siège par le passé. Quoiqu’il en soit, je reste positif et garde bon espoir et si le blocage persiste je ferai autre chose d’utile pour mon pays.

 

Depuis 2010, vous êtes Chef du Protocole de la République. En quoi consiste cette fonction ?

 

Le Chef du Protocole est à la tête d’un service à vocation interministérielle dépendant du ministère des Affaires étrangères qui travaille pour le Président de la République et le Gouvernement. Ma première fonction est d’organiser les déplacements à l’étranger du chef de l’État et les déplacements en France de personnalités étrangères, comme d’assurer l’organisation de sommets et d’évènements internationaux. À cet égard, la COP 21 et ses 157 chefs d’Etat, de Gouvernement, vice-présidents et princes héritiers, a été un temps fort de mon mandat de chef du Protocole. Ma tâche consiste également à contribuer à organiser les cérémonies publiques, qui sont régulières mais dont la portée et la nature ne sont pas les mêmes que par le passé. J’ai également à charge tout le champ logistique de ces évènements, c’est-à-dire le financement, la gestion des marchés publics, les transports, les hébergements, le recrutement des interprètes … Il s’agit d’une organisation vaste, rapide et efficace. Enfin je suis « introducteur des ambassadeurs », vieux titre venu du XVIème siècle, c’est-à-dire que je m’occupe des personnalités diplomatiques et consulaires et des organisations internationales ayant leur siège en France.

 

Depuis 2010, vous rencontrez les « grands » de ce monde. Quelles personnalités vous ont marqué ?

 

Je noue au fil du temps des relations que je qualifierais presque de personnelles, et d’autant plus avec ceux que je rencontre souvent, à l’instar de Barack Obama, d’Angela Merkel ou de certains chefs d’État africains. J’ai beaucoup de sympathie pour Madame Merkel : c’est une grande dame, pas seulement dans son comportement politique, mais dans son comportement humain, dans sa façon de traiter les êtres qui l’entourent … Il y a d’autres chefs d’État qui sont plus durs, plus fermés, plus méfiants et c’est souvent assez représentatif de l’état démocratique – ou moins démocratique – de leur pays.

 

Vous avez servi Nicolas Sarkozy puis François Hollande. Qu’est-ce qui distingue ces deux chefs d’État ?

 

Je suis très fier d’avoir eu la confiance de ces deux Présidents. Haut fonctionnaire, je sers la fonction, au-delà de la personne : je m’adapte à son caractère. Tous les deux ne sont pas arrivés à l’Élysée par hasard : il leur a fallu trente ans de dévouement à la chose publique. Je suis chef du Protocole parce que j’ai été nommé. Eux sont élus par le peuple français, ce qui leur donne une légitimité considérable. Nous servons tous la République, l’État et la permanence de la fonction de président. Je relève également qu’il y a de fortes constantes dans la politique étrangère de la France d’une majorité à l’autre.

 

Comment définiriez-vous cette politique en quelques mots ?

 

C’est une politique d’indépendance nationale et de respect de valeurs humanistes. Nous savons à quel côté nous appartenons, le monde démocratique et libéral. Notre politique privilégie la défense des droits de l’homme, tout en étant soucieuse de la défense de nos intérêts : ce sont deux fondements qui se retrouvent dans la lutte active que nous menons en ce moment contre la barbarie.