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Le Blog des Alumni de l'ENA
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Taghrid Senouar-Schwarz

Elle porte une élégante veste au col orné de pierres bleues, ses cheveux sont soigneusement attachés sur sa nuque et ses talons claquent sur le parquet de son bureau. Sortie de la promotion Valmy (1998), Taghrid Senouar-Schwarz est aujourd’hui une jeune diplomate, conseillère à la mission de Palestine en France.

Pourquoi avez-vous fait l’ENA ? Y-a-t-il eu un déclic ?

« Plusieurs raisons me motivaient. D’abord, le fait que cette école soit pluridisciplinaire - sachant que notre partie monde est majoritairement héritière d’un système anglo-saxon dans lequel on ne retrouve pas forcement ce modèle d’enseignement à la fois pratique et pluridisciplinaire. Il faut dire que j’éprouvais aussi un grand intérêt pour la fonction publique et le système administratif français. Cet intérêt allait de pair avec sentiment de reconnaissance pour le soutien apporté par la France aux institutions de ce qui était à l’époque le futur Etat palestinien. Ce soutien s’est incarné dans un contexte particulier : le moment de construction de l’Etat de Palestine, un moment de transition entre quatre systèmes différents – les structures étatiques et sans présence matérielle sur le terrain de l’OLP, les systèmes égyptien, jordanien et celui hérité de l’administration d’occupation – il fallait refondre notre propre système palestinien. L’ENA a été créée après la Deuxième Guerre mondiale, avec la volonté de refondre la machine administrative sur des principes démocratiques tournés vers l’indépendance. Je me reconnaissais dans ces idées.

S'il y a bien eu un déclic, ce fut la visite de Simone Weil.

Mais je pense que s’il  a bien eu un déclic, ce fut au début de ma carrière en Palestine. A l’époque, j’étais chef du département des relations avec l’Europe et le Japon au cabinet du ministre de la santé. La première ministre française à visiter la Palestine fut Simone Weil ; un événement marquant, ancré dans l’histoire. La combinaison de tous ces facteurs - pluridisciplinarité, intérêt pour la France et dimension historique – m’a réellement motivée à présenter le concours. Et je ne le regrette pas ! Ce que j’ai appris à l’ENA me sert tous les jours dans mon travail de diplomate. »

Qu’en avez-vous retenu en particulier ?

« J’en retiens surtout que lorsqu’on analyse un objet, il ne faut pas se contenter d’un prisme seulement. C’est une méthodologie que l’ENA nous a permis d’acquérir. Quand on travaille sur un cas, on l’observe sous tous ses aspects, les sujets sont toujours abordés dans leur globalité et pas sous un seul angle. »

Si vous n’aviez pas fait l‘ENA ?

« Je me serais tournée vers le développement administratif. Aujourd’hui, je travaille dans la diplomatie, mais au début de ma carrière, j’étais dans un secteur qui combinait les deux. »

Pour vous, qu’est ce que l’Etat ?

« Je pense que c’est la concrétisation du fait national en termes politiques, historiques, culturels et économiques.

L'idée est grande, mais l'Etat est petit.

Mahmoud Darwich, un grand poète palestinien, disait que « l’idée est grande mais que l’Etat est petit » - il ne s’agit pas d’avoir n’importe quel Etat. L’Etat nous dépasse, mais il doit absolument être fondé sur des principes de Droit qui garantissent la liberté de chacun. C’est la condition de sa pérennité. »

Vous rencontrez un jeune candidat à la fonction publique, que lui conseillez-vous ?

« De garder trois choses à l’esprit : les compétences sont importantes, autant que l’ouverture d’esprit.  Le sens du service public et l’intégrité sont également nécessaires. Mais tout ceci ne peut se passer d’une connaissance de la réalité. Le haut fonctionnaire - ou le diplomate - doit toujours garder conscience de la réalité dont il est issu. Le haut fonctionnaire doit être issu de la réalité. Il doit avoir les pieds sur terre et comprendre les réalités qui l’entourent. Il ne peut se passer d’une connaissance du terrain en plus de ses compétences et de sa vocation sincère à servir l’intérêt général. »

Si vous pouviez inventer quelque chose ?

« Ce ne serait pas un objet mais un système économique qui allierait garantie des Droits fondamentaux et dynamisation de l’économie d’un pays. Il permettrait de sauvegarder les acquis sociaux et de protéger les plus démunis sans freiner le développement économique. On est toujours en quête de cet équilibre. C’est un éternel débat il me semble… »

Comment occupez-vous votre temps libre ?  

« Mes loisirs sont simples : lecture, marche et natation. J’aime beaucoup marcher dans Paris, arpenter les rues et observer ce qui m’entoure. C’est un plaisir pour les yeux. D’ailleurs, les Palestiniens qui viennent à Paris veulent avant tout marcher dans la ville. Je les comprends ! »

Et qu’appréciez-vous en particulier dans Paris ?

« C’est un microcosme du monde avec un parfum de France. La dimension historique est forte et se mêle à la diversité culturelle et au progrès. De même, les écoles de pensée qui se croisent dans cette ville sont une richesse sans pareil. »

Vous qui êtes une grande lectrice, que nous conseillez-vous ?

« Je lis en ce moment un roman d’un écrivain égyptien, Alaa El Aswany. Ca s’appelle Nadi As-Sayarat, Automobile  club d’Egypte. C’est un roman qui parle de l’Egypte des années quarante. Je conseille tous les romans de cet auteur, à commencer par L’immeuble Yacoubian et Chicago. »

Si vous pouviez-partir en voyage à l’instant, où iriez-vous ?

« Je partirais en Palestine. Désolée, ce n’est pas très original ! (rires).  Sinon, mon deuxième choix serait l’Amérique latine. »